Code du travail : à Mulhouse, "on en a marre de payer les pots cassés"

"El Khomri t'aurais dû prendre ton adhésion à cette adresse (...) : Les Républicains." Le message de cette section locale du PS a fait l'effet d'une bombe. Sa responsable évoque le ressentiment des militants contre un gouvernement qui trahirait ses idéaux.

La permanence du Parti socialiste de Mulhouse (Haut-Rhin), en décembre 2015.
La permanence du Parti socialiste de Mulhouse (Haut-Rhin), en décembre 2015. (MAXPPP)

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"Non, ça ce n'est pas la gauche", lâche Nadia El Hajjaji, quelque peu désabusée. Responsable de la section PS de Mulhouse (Haut-Rhin), elle accepte de raconter à francetv info l'exaspération des militants. La veille, l'un d'eux a même rendu sa carte, ulcéré par l'avant-projet de réforme du Code du travail, présenté par la ministre Myriam El Khomri – "Inacceptable !" Dix ans au PS, puis une porte qui claque. "Très affecté" par ce départ, un membre exprime le ras-le-bol collectif, sur Twitter, après avoir fait valider son message : "El Khomri t'aurais dû prendre ton adhésion à cette adresse -> Les Républicains."

Ce projet a "été vécu comme une régression sociale", résume Nadia El Hajajji, responsable de cette section, qui revendique 200 adhérents. "Après la déchéance de nationalité, c'est une énième orientation qui ne va pas dans la bonne direction." Les militants se retrouvent parfois dans une situation inconfortable. "Cette réforme nuit à notre image. Sur le terrain, on nous reproche des orientations gouvernementales qu'on ne cautionne pas."

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"A chaque réforme de ce genre, on paie les pots cassés"

"Nous, on milite pour une autre orientation de la politique", ajoute Nadia El Hajjaji. A chaque fois qu'il y a une réforme de ce genre, on paie les pots cassés. On doit rabâcher que nous ne sommes pas forcément d'accord avec les méthodes de type 49-3, ou contre les petites gens." Situé en centre-ville, le local est parfois visé par des insultes. "Dans ces cas-là, on nous dit qu'on ne comprend rien, qu'on est en-dehors des réalités." Il arrive même que certains poussent la porte pour venir exprimer leur ras-le-bol. "On discute avec les gens, on leur rappelle qu'on est de leur côté."

A Mulhouse, le taux de chômage atteint le triste score de 26,4%, bien au-dessus de la moyenne nationale. La question de l'emploi est donc éminemment sensible. "La formation, c'est bien, mais il faut aussi créer des emplois." Nadia El Hajjaji évoque notamment l'allongement de la durée maximale du temps de travail sur une journée, qui passerait de 10 à 12 heures. "Augmenter la durée maximale du nombre d'heures, c'est bien. Mais cela ne va pas créer d'emplois, juste faire travailler davantage les salariés !"

"On va se faire taper sur les doigts, je le sais"

La section PS persiste et signe dans sa position en faveur "des gens qui vivent dans la vie réelle (...). On va se faire taper sur les doigts, je le sais. La semaine prochaine, ça va monter en pression, mais on va assumer." Hasard ou coïncidence ? Jeudi soir, la responsable a appris la venue de Manuel Valls, d'Emmanuel Macron et de Myriam El Khomri à Mulhouse, pour une visite de Pôle emploi, lundi 22. La responsable reçoit déjà des messages de militants, qui demandent si des actions sont prévues. Ambiance.

La rupture n'est pas encore tout à fait consommée, à condition que "le gouvernement change son orientation." Visiblement, ce n'est pas d'actualité. "Myriam El Khomri dit qu'un changement de philosophie est en cours. Mais l'idée socialiste, c'est la lutte contre l'injustice et pour une vie meilleure ! Les militants me rappellent que c'est écrit dans la déclaration de principes", résume la responsable, adhérente au PS depuis 2007. Quant à l'auteur du tweet, il persiste et signe : "Je ne veux plus me taire au nom de l'unité."