Ce que l'on sait des circonstances dans lesquelles un opposant à la loi Travail a perdu l'usage de son œil

Laurent Theron, syndiqué chez SUD, était dans le cortège parisien de mobilisation contre la loi Travail jeudi. A la fin de la manifestation, il a été grièvement blessé par un projectile.

Laurent Theron, syndicaliste SUD blessé à l'œil, lors de la manifestation contre la loi Travail, place de la République, le 15 septembre 2016 à Paris.
Laurent Theron, syndicaliste SUD blessé à l'œil, lors de la manifestation contre la loi Travail, place de la République, le 15 septembre 2016 à Paris. (GREG SANDOVAL / AFP)
avatar
France Télévisions

Mis à jour le
publié le

"J'ai entendu une forte détonation et, au même moment, mon œil m'a fait extrêmement mal." Adhérent au syndicat SUD, Laurent Theron, 46 ans, est allé manifester contre la loi Travail à Paris, jeudi 15 septembre. Grièvement blessé, il a perdu la vue de son œil droit. Samedi 17 septembre, il "a été entendu pour déposer plainte" par la "police des polices" qui "s'est déplacée à l'hôpital" Cochin pour l'écouter, selon son avocat.

Qui est ce militant ?

Laurent Theron est secrétaire médical à l'hôpital Albert-Chenevier de Créteil de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP). Il est militant, "mais pas du tout activiste". Selon l'AFP, il s'est syndiqué en avril et il s'agissait de la "deuxième manifestation contre la loi Travail" à laquelle il participait aux côtés de SUD-Santé. France 3 l'a rencontré.

Voir la vidéo
FRANCE 3

Sur BFMTV il a précisé qu'il était marié, "papa de deux enfants". "C'est monsieur Tout le monde qui peut perdre un œil aujourd'hui à une manifestation pacifiste en plein Paris", argue-t-il à l'antenne de la chaîne d'info.

Quelle est sa version des faits ?

"Lorsque le cortège est arrivé à République, je suis resté un peu sur la place. Il était environ 16h30. Je me promenais en observateur, tout seul, pour voir ce qui se passait. Ça commençait à chauffer entre les manifestants et la police", raconte-t-il, dans un entretien accordé à Libération et mis en ligne vendredi soir. "La situation était de plus en plus tendue, j'ai donc décidé de quitter la place avant d’être encerclé par la police ou en danger."

C'est à ce moment-là que Laurent Theron se dirige vers une des rues adjacentes à la place de la République. Il voit un mouvement des forces de l'ordre. Et soudain, une forte détonation. "Je me suis retrouvé par terre à quatre pattes, je sentais beaucoup de sang qui coulait et, immédiatement, que mon visage était déformé. J'ai demandé l’assistance d’un médecin car je sentais que c'était une blessure grave. J'ai attendu une heure pour que les pompiers arrivent", ajoute-t-il. A ce moment-là, un journaliste de BuzzFeed prend en photo le manifestant.

Selon Eric Beynel, délégué général de Solidaires qui rassemble tous les syndicats SUD, Laurent Theron a probablement reçu un tir de grenade lacrymogène.

"Quand on est arrivés, on a entendu quelques pétards, on a vu les CRS qui commençaient à se positionner. Mais le cortège était loin d'être arrivé. Des jeunes se sont mis en place aussi, sans doute ceux qui lançaient des pétards. J'ai vu des lacrymogènes et des jeunes qui les renvoyaient à coups de pied", raconte-t-il encore au Monde.

Pris en charge à l'hôpital Cochin par un chirurgien spécialiste de l'œil, il dit avoir plusieurs "fractures des os qui entourent le globe oculaire". "J'ai été opéré dans la nuit. Mon œil a pu être sauvé, mais la vision est perdue", confie-t-il à Libération. "D'après le chirurgien qui m'a opéré, vu l'ampleur des dégâts, le tir était tendu et il devait venir de près, a-t-il précisé au Monde. Mon œil a éclaté sous le choc".

Que dit la préfecture de la police ?

La préfecture de police, qui a fait état de huit blessés parmi les policiers et gendarmes et quatre parmi les manifestants, a confirmé dans un communiqué que le manifestant avait été touché à l'œil par un "projectile indéterminé".

Elle a aussi annoncé la saisie de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) afin de diligenter une enquête "sur les circonstances exactes dans lesquelles se sont déroulées ces faits". "Ce ne sont pas tous les CRS qui sont comme ça mais je ne comprends pas qu'ils aient agi comme ça", se désole Laurent Theron.