"C'est lunaire" : le débat sur la réforme du Code du travail vu par deux ex-présidents de la commission des Affaires sociales

Deux anciens présidents de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale critiquent le manque d'expérience des députés de la majorité La République en marche. Un manque d'expérience visible, selon eux, lors de l'examen du projet de loi visant à réformer par ordonnances le Code du travail.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, pendant la session des questions au gouvernement à l\'Assemblée nationale, le 5 juillet 2017 à Paris.
La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, pendant la session des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 5 juillet 2017 à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)
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Hugo CaillouxfranceinfoFrance Télévisions

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"Je suis inquiète de ce qu'il se passe", glisse Catherine Lemorton. L'ancienne députée et présidente PS de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale est très critique sur la réforme par ordonnances du Code du travail, dont le projet de loi a été adopté jeudi 6 juillet en commission. Mercredi, des députés, essentiellement "insoumis" et communistes, ont livré bataille en déposant des amendements. Aucun n'a été adopté. Les élus de la majorité La République en marche sont restés silencieux, à l'exception de la présidente de la commission et du rapporteur du texte.

"Ce sont des gens qui n'ont pas compris le travail parlementaire, assène auprès de franceinfo Catherine Lemorton, présidente de la commission entre 2012 et 2017. Recalée au premier tour de l'élection législative dans sa circonscription de Haute-Garonne, l'ex-pharmacienne n'est pas tendre envers sa successeure, Brigitte Bourguignon (La République en marche).

Lorsque la présidente dit "ah bah évidemment" quand un député "insoumis" lui fait remarquer qu'aucun amendement n'a été accepté, je trouve que c'est un manque de respect. Je n'aurais jamais fait ça.

Catherine Lemorton, ancienne députée PS

à franceinfo

"C'est pire que sous Nicolas Sarkozy"

"L'assemblée est encore pire que sous Nicolas Sarkozy, tance Catherine Lemorton. Le premier jour où j'ai été présidente, ce n'était pas comme ça. J'avais des années de militantisme derrière moi, et avant d'être présidente, j'ai été simple membre de la commission. Donc je savais comment ça marchait. Aujourd'hui, la présidente de la commission n'avait jamais mis les pieds aux Affaires sociales."

Président de cette même commission entre 2007 et 2012, l'ancien ministre de la Justice Pierre Méhaignerie n'est "pas étonné" par cette situation. Mais pour ce centriste, qui a préféré Emmanuel Macron à François Fillon à la présidentielle, il faut "donner leur chance aux nouveaux députés de la majorité" et attendre quelques jours pour la suite des débats. Il déplore la "complexité du système".

Je pense que le gouvernement devrait former ces députés. Ils ne comprennent pas la complexité du débat parlementaire.

Pierre Méhaignerie, maire UDI de Vitré (Ille-et-Vilaine)

à franceinfo

"L'ambiance à l'Assemblée est bien différente"

"C'est lunaire", réagit Catherine Lemorton. Ce manque d'expérience inquiète visiblement certains de ses anciens collègues à l'Assemblée, qui ont, eux, été réélus pour un nouveau mandat et correspondent encore avec elle. La socialiste a partagé avec franceinfo certains de ces messages.

"Je suis en commission des Affaires sociales, (...) je suis venu écouter la ministre présenter les ordonnances, peut-on lire dans un de ces SMS, envoyé par un député des Républicains, selon Catherine Lemorton. Ici, comme partout à l'Assemblée nationale, l'ambiance est bien différente. Deux mondes. Si tu voyais l'armée servile qui comprime tout sur son passage ici. On est maintenant des bêtes traquées." Un autre de ses correspondants, qu'elle présente comme un élu de La République en marche, lui a même écrit : "Catherine, reviens ! (...) Je suis un peu inquiet."

De son côté, le rapporteur LREM du projet de loi visant à réformer par ordonnances le Code du travail, Laurent Pietraszewski, assume la méthode. Selon lui, la large majorité obtenue par le gouvernement lors du vote de confiance mardi a "légitimé la méthode retenue (...) à travers cette loi d'habilitation". "Si la très grande majorité" des amendements ont reçu des avis défavorables, "c'est principalement en raison du respect de cette méthode", a-t-il réagi.