Pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes ?

447 euros, c’est la somme supplémentaire qu’empoche un homme chaque mois par rapport à une femme. Un chiffre qui montre que les inégalités entre les sexes persistent en France.

Mis à jour le , publié le

Les inégalités salariales se conjuguent au féminin. Certes, 66% des femmes travaillent aujourd’hui, contre 59% en 1990. Mais lorsque l’on compare leur salaire moyen avec celui des hommes, un écart de 24% persiste entre les deux sexes, selon les dernières données de l'Insee. Et si l'on transforme le temps partiel des femmes en équivalent temps plein, l’écart se réduit à 19,3% avec, en moyenne, 2 312 euros par mois pour un homme et 1 865 euros pour une femme – soit une différence de 447 euros. Et ces inégalités finissent par se répercuter sur le montant de leurs retraites, qui sont 31% inférieur à celles des hommes. Comment expliquer de tels écarts ? Eléments de réponses.

Elles travaillent moins

Deux tiers des femmes ont un emploi en France. Mais leur vie privée interfère bien plus dans leur travail. Comme le précise un rapport de l'Insee, elles "sont beaucoup plus soumises aux contraintes liées à la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle"Autrement dit, lorsqu'elles ont des enfants, elles interrompent plus souvent leur carrière que les hommes.

En effet, les écarts d'activité entre les deux sexes sont plus importants aux âges où les personnes ont de jeunes enfants à charge, précise l'Insee : entre 30 et 35 ans, 18% des femmes sont inactives, contre 4% des hommes. Et elles sont plus souvent à temps partiel (31% en 2010) que leurs collègues masculins (7%), alors qu'elles n'étaient que 24% en 1990.

Elles occupent des postes moins qualifiés dans des secteurs moins rémunérateurs

En France, les femmes ne représentent que 39% des emplois de niveau cadre. Une progression lente puisqu’elles étaient 31% en 1990. Mais plus on monte dans la hiérarchie, plus les femmes sont rares et les salaires inégaux : chez les cadres, par exemple, une femme sera payée 21,8% de moins qu’un homme.

Dans le même temps, elles occupent encore plus de 70% des postes d’employés, qui correspondent aux niveaux de salaire parmi les plus bas. Et la mixité progresse surtout dans les métiers non-qualifiés, assurés à hauteur de 62% par les femmes. Elles sont donc les premières exposées au chômage en temps de crise.

Autre facteur pénalisant, 88% des femmes travaillent dans le tertiaire, contre 64% pour les hommes. Or, c’est dans ce secteur que leur revenu moyen est inférieur de 27,5% à celui de leurs collègues masculins et que le temps partiel est le plus fréquent concernant les métiers peu qualifiés. Une précarisation qui se retrouve aussi au niveau des contrats puisque les femmes représentent une large majorité des CDD (59%) signés en France.

Elles sont victimes de discrimination pure

En soustrayant les différences de temps de travail, de niveau de compétences et de catégories socioprofessionnelles, femmes et hommes ne perçoivent toujours pas les mêmes salaires : les revenus de deux personnes de sexe différent ayant fait les mêmes études et occupant le même poste dans un secteur professionnel identique révèlent un écart de salaire de 9%. "Cette différence de traitement se rapproche d’une mesure de la discrimination pure pratiquée par les employeurs à l’encontre des femmes", explique l’Observatoire des inégalités sur son site.

Mais ce n'est pas tout : les premiers adversaires que les femmes rencontrent au cours de leur ascension professionnelle sont souvent elles-mêmes. Elles peuvent, en fait, faire preuve d'une certaine forme d'autocensure liée à la famille. Les femmes craignent parfois de dépasser hiérarchiquement leur conjoint ou d’être perçues comme des carriéristes délaissant leur vie de famille...

Si les femmes dirigeantes sont rares, c'est peut-être aussi parce qu'elles ne s'en pensent pas capables. Ainsi, une femme va attendre de correspondre à 80% des critères d’une offre d’emploi pour postuler à une annonce alors qu’un homme se jette à l’eau lorsqu’il remplit 25% des conditions selon Brigitte Laloupe, auteure de Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes. Une fois en poste, elles sont aussi victimes du syndrome du "bon élève" : elles attendent d’être récompensées naturellement pour leur travail et savent moins se mettre en valeur ou demander une promotion qu’un homme.