Trois questions bêtes sur le risque de voir une nouvelle crise financière en 2016

L'horizon s'est dégagé, mercredi, pour les places boursières en Europe et aux Etats-Unis, après un début de semaine calamiteux. Pourtant, la menace d'une crise majeure n'est pas écartée. 

Un trader consulte des résultats financiers, le 25 août 2015, au New York Stock Exchange.
Un trader consulte des résultats financiers, le 25 août 2015, au New York Stock Exchange. (BRENDAN MCDERMID / REUTERS)

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Inquiétante impression de déjà-vu sur les marchés. Après la crise des subprimes en 2008 et la crise de la zone euro en 2011, l'année 2016 nous promet-elle un nouveau séisme économique mondial ? Mercredi 10 février, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a reconnu que les soubresauts sur les marchés financiers étaient "une source de préoccupation".

Depuis le 1er janvier, le CAC40 a cédé plus de 12% de sa valeur (et 22% en six mois). Avant de se ressaisir mercredi, il a touché le fond, mardi, passant sous la barre des 4 000 points pour la première fois depuis mi-décembre 2014. Dans toute l'Europe, ainsi qu'en Asie, les marchés ont connu de fortes baisses ces dernières semaines, avant de retrouver des couleurs, sans rassurer pour autant les investisseurs. Si vous n'avez pas tout suivi, francetv info vous résume la situation. 

Pourquoi les Bourses paniquent-elles ? 

Un climat d'angoisse généralisée flotte sur les marchés depuis plusieurs semaines. Depuis le krach boursier chinois de cet été, les investisseurs sont extrêmement nerveux. Le ralentissement de cette économie jusqu'alors dotée d'une croissance exceptionnelle provoque une crise de confiance mondiale, car l’activité chinoise joue un rôle considérable dans l’économie globale, expliquait l'économiste Philippe Waechter à francetv info en janvier. "Si l’économie chinoise va moins bien, les exportations, notamment de la France vers l’Asie, vont être moins importantes."

Car le poids de la Chine dans les échanges avec l'Union européenne n'a cessé d'augmenter ces dernières années, au point de devenir le deuxième partenaire commercial de l'UE. En 2014, le pays représentait 13,8% du total des exportations et des importations de biens de l'UE, rappelle la fondation Robert Schuman. Très concrètement, certains analystes estiment que si le taux de croissance de la demande intérieure chinoise chutait de 2% sur les deux prochaines années, le PIB de la zone euro perdrait 0,6% de croissance. Sans oublier que les pays émergents asiatiques sont très touchés par la crise chinoise et qu'ils sont, eux aussi, des partenaires commerciaux de l'UE. Du coup, sur le plan financier, les actions de sociétés européennes qui investissent en Chine, ainsi que celles ayant un débouché commercial important sur le marché chinois, ont également souffert sur les marchés, poursuit la fondation. 

Enfin, la croissance chinoise en berne a contribué à l'autre bouleversement de ces derniers mois : la baisse de la demande pétrolière, donc la baisse du cours du pétrole. Surproduction, retour de l'Iran sur le marché pétrolier, flambée du dollar, politique de désinvestissement dans les combustibles fossiles et ralentissement de l’économie en Chine ont conjointement fait plonger les entreprises pétrolières sur les marchés. Or, ces dernières recourent largement à l'endettement pour développer, par exemple, leurs activités de forage. Si les investisseurs les boudent, c'est tout le secteur de l'énergie qui tremble, explique Le Figaro.  

Pourquoi ce sont les banques qui concentrent toutes les inquiétudes ?

Les investisseurs raisonnent ainsi : si l'industrie pétrolière va mal, les entreprises du secteur risquent de ne pas pouvoir rembourser les banques qui leur ont prêté de l'argent, donc il vaut mieux laisser tomber les valeurs bancaires. Cet effet ricochet concerne surtout des établissements américains, mais pas seulement. Selon les analystes de JP Morgan cités par Les Echos, les Français Crédit Agricole SA et Natixis sont également exposés, car 5% à 7% de leurs prêts sont liés à ce secteur.

Face à la crainte d'un ralentissement de l'économie mondiale, les valeurs bancaires ont perdu plus de 27% depuis le début de l'année 2016. Ainsi, dans le top 10 des plus fortes baisses de l'Euro Stoxx 50, on trouve pas moins de cinq banques : "Il faut remonter à août 2011 [et la crise de la zone euro] pour trouver trace d'une telle déroute," rappellent Les Echos. 

Le problème, c'est que le secteur bancaire est particulièrement sujet à l'effet de contagion. Certes, depuis la crise de 2008, les établissements sont beaucoup moins vulnérables – ils ont notamment été contraints de solidifier leurs fonds propres. Mais les banques continuent de se prêter de l'argent les unes aux autres pour financer l'ensemble de leurs opérations. "Qu'un maillon s'affaiblisse dans cette chaîne et c'est tout le système qui est exposé aux risques", explique ainsi François Lenglet, de France 2. D'ailleurs, certaines banques restent truffées de créances douteuses, dont le remboursement est loin d'être assuré. Dans les banques italiennes, le montant de ces créances douteuses s'élèverait à 200 milliards d'euros. Ainsi, "beaucoup d'investisseurs ne veulent plus investir dans des établissements qui seraient sauvés non plus d'abord par le contribuable en cas de faillite, mais par leurs actionnaires et créanciers", résume Le Point. 

Enfin, les banques sont moins rentables pour les investisseurs. Depuis 2008, le régulateur est passé par là : les activités à hauts rendements, risquées pour le contribuable, ont été limitées. 

La situation va-t-elle s'arranger ?

Autre signe qui ne trompe pas : le recours des investisseurs à des CDS, des credit default swaps, sorte de primes d'assurance en cas de défaut de paiement. Convaincus que le secteur bancaire peut, à tout moment, se casser la figure, les investisseurs paient pour assurer leurs arrières, ce qui n'a rien de très encourageant. 

Toutes ces incertitudes dans le secteur bancaire incitent les investisseurs à se reporter sur des actifs réputés moins risqués : les titres obligataires des pays. Enfin, de ceux qui vont bien. Du coup, les taux d'emprunt des pays du Sud remontent en flèche, pendant que les investisseurs se réfugient, par exemple, dans les obligations allemandes ou françaises. Seulement, plus ces obligations connaissent de succès, plus les taux d'intérêt baissent. D'ailleurs, dans la zone euro, près d’un tiers des obligations souveraines à court et long terme présentent des rendements négatifs.  

Une bonne nouvelle ? Pas forcément. Selon une note du Fonds monétaire international (FMI), datée du mois d'avril, la persistance de faibles taux d’intérêt sur le marché obligataire met en danger de nombreux établissements financiers, "et notamment 24% des assureurs-vie européens de taille moyenne", détaillait Le Monde. Et pour cause : les fonds en euros de leurs assurances-vie sont en grande partie composés d'obligations d'Etat. Or, "le secteur de l’assurance est le plus gros investisseur institutionnel, avec des investissements de 4 400 milliards d’euros dans le secteur privé européen", rappelle le FMI.  En outre, il est "connecté avec l’ensemble du système financier", ajoute Le Monde"d’où un risque évident de contagion".

Certains analystes craignent enfin l'explosion d'une "bulle obligataire" qui, en provoquant l'effondrement de ce système, pourrait faire davantage de dégâts que les crises financières et économiques de 2008 et 2011.