Dégradation, perte de confiance, austérité, triple A. Autant de mots et de concepts qui engorgent l'actualité et font fuir les allergiques au monde de la finance. Alors que l'agence Standard & Poor's vient de dégrader la note de la France et plusieurs autres pays de la zone euro, FTVi éclaire la situation en trois questions.

• Dégrader une note, ça veut dire quoi ?

Depuis fin 2007, et le début de la crise des subprimes, les acteurs du marché financier nourrissent la même crainte : voir les agences de notation dégrader les notes des Etats.

AAA, AA+, BB, ces lettres sont des indicateurs destinés à renseigner les professionnels sur le niveau de confiance qu'ils peuvent avoir dans un pays auquel ils prêtent de l'argent, sous forme d'obligation. Plus la note est bonne, plus le taux auquel ce pays peut emprunter de l'argent sur les marchés est avantageux.

La France, par exemple, était classée AAA par les grandes agences de notation que sont Fitch, Moody's ou Standard & Poor's, dont Le Monde dresse un portrait. Il s'agissait de la meilleure note existante. Un AAA s'obtient après application par les agences d'une méthode d'analyse à un pays. Méthode détaillée par Le Figaro dans un article consacré à Moody's.

Ces systèmes d'évaluation s'appuient sur quatre indicateurs : l'analyse du PIB par habitant, autrement dit la richesse du pays ; son niveau d'endettement ; sa solidité politique ; son historique en matière de défaut de paiement, c'est-à-dire si, dans le passé, il a déjà été confronté à une faillite.

Quand une agence dégrade la note d'un Etat, ou menace de le faire, c'est que l'évolution de ces indicateurs statistiques laisse craindre une difficulté du pays à rembourser ses dettes en temps et en heure.

C'est ce qui se passe avec la crise de la dette : la hausse du niveau d'endettement des pays de la zone euro, comme celle des Etats-Unis, a mis en péril leurs notes financières.

Pour un pays concerné, voir sa note dégradée, c'est apparaître comme un investissement moins sûr. Par ricochet, emprunter de l'argent devient plus compliqué, ses taux d'intérêt grimpent et il peine donc à financer ses dépenses publiques et son économie intérieure. Cet Etat doit alors souvent appliquer une politique de rigueur. C'est aujourd'hui le cas de la France, pour qui la perte du triple A pourrait avoir des conséquences néfastes.

• Une dégradation est-elle vraiment si dramatique ?

C'est un débat qui fait rage entre les économistes du monde entier. Pour certains, la perte du triple AAA pour la France la fait entrer dans une spirale dont il est difficile de sortir : emprunter de l'argent devient plus compliqué, la croissance nationale en pâtit, laissant craindre une récession économique qui complique encore la capacité à rembourser ses dettes.

Etienne Gorgeon, lui, refuse de céder à la panique. Directeur chez Edmond de Rothschild Investment Managers, cité par Le Nouvel Observateur, il estime des AAA peuvent devenir de "bons double AA". Et pour lui, rien de grave là-dedans : "L'investissement sans risque n'existe plus, mais le concept de benchmark [l'emprunt d'Etat de référence] demeure. Les Etats-Unis demeurent le benchmark et tout le reste se positionne par rapport à ce benchmark."

En clair, si tous les pays voient leur note dégradée, les investisseurs feront toujours confiance à ceux qui sont les mieux notés. "Ce qui est horrible pour les marchés, c'est de ne pas savoir si la France va être un AA+, un AA ou un AA-." Or, cette incertitude a été levée vendredi 13 janvier.

Cette instabilité que vivent ou ont vécu nombre de pays européens est typique des périodes de transition comme celle que subit la zone euro en ce moment. Elle implique des réformes politiques d'ampleur, à l'image de celles qu'ont exposées Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, le 5 décembre 2011, pour remettre de l'ordre dans la zone euro, condition sine qua non à la stabilisation de l'économie européenne. Pour Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, cité par Le Point le 6 décembre, il s'agissait d'ailleurs d'une réponse de la France et de l'Allemagne aux menaces de dégradation des notes des pays européens. Réponse qui n'a manifestement pas suffi pour le cas de l'Hexagone.

•  La crise, une opportunité pour diminuer le pouvoir des agences ?

C'est un couplet que l'on entend souvent chez les politiques. Outre les critiques internes, le rôle des agences de notation est régulièrement pointé du doigt. Leur fonctionnement, décrié par L'Expansionest qualifié d'opaque et leur influence jugée trop importante. Le fait qu'elles soient financées par de grandes entreprises, qui les utilisent pour mettre en valeur leurs positions sur les marchés, ne favorisent pas leur indépendance.

De plus, Moody's, Standard & Poor's et Fitch, qui détiennent plus de 85 % du marché de la notation financière, sont toutes des agences anglo-saxonnes. Une situation qui incite les Etats de la zone euro, notamment l'Allemagne comme le rappelle L'Expansion, à militer pour la création d'une agence européenne.

Et, comme le suggéraient en 2009 un ex-trader et un économiste dans le New York Times (article en anglais), pourquoi ne pas tout simplement se passer d'agences de notation ? Leurs ratés et leurs bourdes donnent raison à ceux qui militent pour une limitation de leurs pouvoirs.

Une chose est sûre, la crise de la dette et les dégradations de note qui en découlent réprésentent une opportunité de rééquilibrer les pouvoirs, parfois inégalement répartis, entre les acteurs et les observateurs de l'économie mondiale. Et de mieux appréhender les crises futures.