Grèce et Espagne font trembler l'Europe. Attaqués par les marchés, les deux pays subissent des régimes drastiques pour tenter de sortir de la crise économique. Autour d'eux, les dirigeants de la zone euro se mobilisent et se divisent sur la méthode à adopter. Austérité ou croissance ? Pendant ce temps, la France semble ignorer qu'elle aussi est menacée.

Le chômage français a atteint 10% au premier trimestre 2012, son plus haut niveau depuis 13 ans. Sept Français sur dix ont des projets d'évasion pour l'été et un budget vacances en forte hausse, selon une enquête Ipsos. Pour l'heure, à l'Elysée ou à Matignon, ce sont surtout les "bonnes nouvelles" qui ont été rendues publiques, comme la hausse de l'allocation de rentrée scolaire et l'adoucissement de la réforme des retraites. Et si le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a annoncé le 6 juin un calendrier budgétaire, aucune mesure de réduction du déficit n'a été définie. Le 31 mars, l'hebdomadaire The Economist (article en anglais) accusait la France d'être "dans le déni", décrivant des candidats à la présidentielle qui passaient sous silence les problèmes de dette et de déficit. La France a-t-elle décidé d'ignorer la crise ?

La crise, oui, mais à l'étranger 

La presse avait averti le futur président. Au lendemain de l'élection de François Hollande, les éditorialistes français et étrangers s'accordaient sur un point : pas d'état de grâce pour le nouveau chef de l'Etat. Tous lui ont rappelé "le poids des responsabilités" face à la crise économique et financière de la zone euro.

Et François Hollande s'est emparé très vite du sujet. Le jour de son investiture il a rencontré la chancelière allemande Angela Merkel, avant d'entamer un parcours international en enchaînant G8, sommet de l'Otan, visite en Afghanistan... Dernier acte en date : il a insisté, jeudi 14 juin, avec l'Italien Mario Monti, sur sa volonté de prendre des "mesures immédiates" pour relancer la croissance.

Conclusion : depuis un peu plus d'un mois, François Hollande a beaucoup parlé de la crise, mais surtout à l'étranger.

Apprendre à consommer autrement

Et les Français en général ? Ils sont également lucides, et même plus pessimistes que leurs voisins allemands. Selon un sondage Ifop pour La Croix réalisé en février 2012, 79% des Français pensent que leur pays est "en pleine crise" contre 38% des Allemands. Et 84% d'entre eux disent ressentir le poids de la crise dans leur vie quotidienne (46% des Allemands). En mai, un autre sondage de l'institut a révélé que 62% des Français considèrent que le pays pourrait bientôt connaître la même situation que la Grèce et l’Espagne.

La crise les aurait même responsabilisés. Près de neuf Français sur dix (88%) estiment que la conjoncture économique est l'occasion de changer de mode de vie et de consommation, selon le baromètre 2012 de la consommation responsable du cabinet de conseil Ethicity. Cela passe par la chasse au gaspillage, la consommation de produits locaux, l'achat d'occasions, etc. Ils dépensent autant, mais "mieux", selon Ethicity.

Reste que le sujet se retrouve rarement en première place dans les médias et les conversations. La faute aux élections, répond-on. Le terrain devrait donc être libre dès la semaine prochaine.