La "feuille de route" mise sur pied par Paris, Berlin, Madrid et Rome a convaincu les autres pays de l'Union européenne : les dirigeants des 27, réunis en sommet jeudi 28 juin à Bruxelles, ont approuvé un "pacte pour la croissance" d'un montant de 120 milliards d'euros, a annoncé le même jour le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

"Nous nous sommes mis d'accord pour améliorer le financement de l'économie à hauteur de 120 milliards d'euros pour des mesures immédiates de croissance", a-t-il expliqué. Cela représente environ 1% du PIB de l'UE.

Qu'y a-t-il dans le pacte de croissance ?

Concrètement, le pacte de croissance reprend des propositions de la Commission européenne, qui peinait jusque-là à les imposer. Il repose en grande partie sur l'utilisation de fonds existants, afin de financer des investissements nouveaux. Les Etats membres donnent leur feu vert à une recapitalisation de la Banque européenne d'investissement (BEI), bras financier de l'UE, à hauteur de 10 milliards d'euros.

La BEI assure encore pouvoir lever des fonds pour un montant de 60 milliards d'euros afin de financer des projets dans l'innovation, les petites et moyennes entreprises, l'efficacité énergétique et les infrastructures stratégiques. Les Européens veulent par ailleurs réallouer quelque 55 milliards de fonds structurels inutilisés jusqu'ici.

Point important, il y aura des project bonds "lancés à l'été" pour financer des infrastructures de transport et d'énergie, d'un montant de 5 milliards d'euros. Les project bonds sont des emprunts destinés à financer des grands chantiers. Ce sont des montages financiers permettant de lever des fonds avec des garanties de la Banque européenne d'investissement et des partenariats public-privé.

Madrid et Rome posent leurs conditions

Alors que l'adoption formelle de ce pacte était théoriquement acquise avant le début de la réunion, elle s'est fait attendre en raison de conditions posées par Madrid et Rome. Le feu vert a été donné au contenu, mais l'Italie et l'Espagne ont bloqué son adoption jusqu'à l'obtention, intervenue vendredi aux aurores, de solutions d'urgence pour faire baisser les taux d'intérêt prohibitifs que leur imposent les marchés pour se financer.

Ces mesures de stabilisation financière se heurtaient jusqu'ici à l'opposition de plusieurs pays, en particulier l'Allemagne. Mais à l'issue du sommet, le président Van Rompuy a annoncé la mise en place d'ici à la fin de l'année d'un mécanisme permettant de recapitaliser directement les banques, sous certaines conditions.

Qu'en disent les analystes ?

Alors que l'Europe, minée par son endettement, n'a pas réussi à rebondir depuis le début de la crise en 2008, le pacte de croissance reste léger aux yeux des besoins, jugent les analystes. "Ce n'est pas très substantiel, d'autant qu'il n'est pas vraiment composé de dépenses publiques nouvelles", estime Frédérique Cerisier, de BNP Paribas. Selon elle, "ça ne va pas contrebalancer les effets des politiques de rigueur actuelles", et sa banque n'envisage pas de revoir ses perspectives économiques à l'aune de ces nouvelles mesures.

"Tout à fait favorable à un tel programme", Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, juge aussi que les montants évoqués "restent assez limités". En outre, souligne-t-il, "cela prend du temps de mettre autant de projets en place", ce qui réduit l'effet immédiat de ce pacte sur la croissance.