"La gauche ne doit pas ranimer des relents anti-allemands", lance Pierre Moscovici, le directeur de campagne de François Hollande, vendredi 2 décembre. Cette déclaration, faite au nom du candidat socialiste, ressemble fort à un rappel à l'ordre,alors que la gestion de la crise de la dette au sein de la zone euro par le couple franco-allemand Sarkozy-Merkel fait débat. 

Une "politique à la Bismarck"

Arnaud Montebourg plaidait mercredi 30 novembre en faveur d'une confrontation dure avec la chancelière allemande. Il accusait Angela Merkel "d'imposer à la zone euro un ordre allemand" par "nationalisme" et de mener une "politique à la Bismarck". Otto von Bismarck, le premier chancelier allemand, fut célèbre pour son casque à pointe et surtout pour avoir déclaré la guerre à la France en 1870.

Dans une tribune publiée jeudi 1er décembre sur son blog, Arnaud Montebourg a souligné que cette comparaison n'était pas de lui mais de Sigmar Gabriel, le président du SPD, le parti socialiste allemand, et datait du "printemps dernier".

La semaine précédente, le député socialiste Jean-Marie Le Guen avait affirmé que la rencontre à Strasbourg entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sur la crise de l'euro, c'était "Daladier à Munich". Il comparaît ainsi le chef de l'Etat à Edouard Daladier signant avec Adolf Hitler en 1938 les accords de Munich.

"Les vieux démons de la germanophobie"

"Je suis révolté de voir qu'aujourd'hui, par hargne politicienne, un certain nombre de dirigeants socialistes franchissent la ligne rouge", a déclaré vendredi le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, dans un entretien au Figaro

"Le PS prend le risque de faire rejaillir les vieux démons de la germanophobie, c'est totalement irresponsable !", a-t-il ajouté. "Le programme du PS consiste-t-il à revenir cent ans en arrière ?", se demande-t-il.

"Du Front national à gauche"

Même tonalité, plus tôt, à gauche de l'échiquier. L'eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit, de nationalité allemande, regrette dans "ce type de déclarations à la hussarde (…) des relents de nationalisme" et dénonce "du Front national à gauche".

La présidente du Front national Marine Le Pen a en effet dénoncé dans le discours de Toulon, prononcé par Nicolas Sarkozy jeudi 1er décembre, "l'annonce d'une Europe à la schlague, c'est-à-dire l'Europe qui entraîne la perte de notre souveraineté".

Les socialistes s'autorisent des critiques plus mesurées 

François Hollande qui doit se rendre dimanche à Berlin pour assister au congrès du SPD, avait déclaré au cours d'une visite à Bruxelles, mercredi 30 novembre : "Depuis plusieurs mois, c'est Mme Merkel qui décide et M. Sarkozy qui suit". Un refrain repris par ses lieutenants après le discours de Toulon. 

"Hier, et c'était vrai il y a encore quelques semaines, Nicolas Sarkozy a abdiqué face à l'Allemagne sur deux sujets majeurs : le rôle de la Banque centrale européenne et l'émission d'eurobonds", a jugé Manuel Valls vendredi 2 décembre sur France Inter, au lendemain du fameux discours de Toulon.

"Si on veut que le couple franco-allemand soit ressoudé, ce qui est absolument indispensable, il faut que la France se renforce et non pas s'affaiblisse", a ajouté Laurent Fabius sur Europe 1 le même jour.

Quatre Français sur dix jugent Sarkozy "pas assez ferme"

Un sentiment que semble partager 41 % des Français, d'après un sondage TNS-Sofres pour I-télé, réalisé à l'occasion du discours de Toulon et rendu public vendredi 2 décembre. Quatre Français sur dix considèrent ainsi que Nicolas Sarkozy n'est "pas assez ferme" face à la chancelière allemande Angela Merkel. 

 

Sondage réalisé les 1er et 2 décembre en ligne auprès d'un échantillon de 1 022 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.