L'Espagne prendra une décision dans les quinze jours sur la recapitalisation de ses banques et par extension, sur un éventuel appel à l'aide internationale, a fait savoir mercredi 6 juin le ministre espagnol des Finances, Luis de Guindos, au Parlement européen à Bruxelles.

La veille, Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol, avait appelé l'Europe à "soutenir les pays en difficulté", alors que son pays vit un moment de forte tension sur les marchés, qui complique ses capacités à se financer. L'Espagne semble se rapprocher d'un appel au sauvetage bancaire. Fin mai, le Premier ministre tentait d'étouffer les rumeurs en affirmant qu'il n'y aurait "aucun sauvetage [extérieur] du secteur bancaire". Mais la crise qui touche le pays a fait évoluer son discours. 

• "L'Europe doit soutenir les pays en difficulté"

"L'Europe doit dire où elle va, pour se donner de l'unité, elle doit dire que l'euro est un projet irréversible, qui n'est pas en péril, elle doit soutenir les pays en difficulté", a déclaré Mariano Rajoy devant le Sénat. "Selon moi, elle a besoin d'une intégration fiscale, avec une autorité budgétaire, et une intégration bancaire, une union bancaire avec des eurobonds [un système d'emprunt en commun entre les 17 pays de la zone euro], un superviseur bancaire et un fonds de garantie des dépôts européen, a-t-il ajouté. C'est ce que je défends devant le Conseil européen."

• Pour la mise en place d'une aide ponctuelle pour les banques

Madrid milite pour que le fonds de secours européen, le futur mécanisme européen de stabilité (MES), soit autorisé à recapitaliser directement les banques espagnoles : cette aide ponctuelle serait ainsi bien éloignée d'un plan de sauvetage, qui place le pays sous tutelle d'institutions internationales et qui est jugé humiliant par le Premier ministre espagnol. Mais c'est impossible actuellement : d'après les traités, ni le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ni le MES ne sont autorisés à recapitaliser directement les banques, rappelle Le Figaro.fr

Pour voir ce projet aboutir, l'Espagne est même prête à céder plus de "souveraineté, particulièrement dans le domaine budgétaire", a indiqué samedi Mariano Rajoy, plaidant pour une "autorité budgétaire européenne" qui mènerait "un contrôle centralisé des finances".

Selon le ministre espagnol des Finances, Cristobal Montoro, les banques espagnoles devraient être recapitalisées grâce à des "mécanismes européens", une position qui tranche avec la doctrine jusqu'alors défendue par les autorités qui considéraient pouvoir lever des fonds pour renflouer leur système bancaire.

Cristobal Montoro a toutefois assuré qui ne la France ni l'Allemagne n'avaient incité Madrid à solliciter une aide internationale.

• Une situation critique : Madrid est exclu des marchés

Le problème "le plus urgent" du pays est "un problème de financement, de liquidité et de maintien de la dette publique", a reconnu mardi Mariano Rajoy, alors que l'Espagne est fortement chahutée par les marchés, qui craignent qu'elle ne puisse assumer seule ses obligations financières et doive demander une aide extérieure.

Il a notamment rappelé que la dette extérieure du pays représentait "92,2% du PIB", soit "près de 1 000 milliards d'euros" : "Cet argent, il faut le rendre et avec les marchés, tels qu'ils sont actuellement, c'est très difficile de se refinancer." "L'Espagne est dans une situation d'extrême difficulté", a estimé le dirigeant conservateur, mais "cela ne dépend pas seulement de nous" : "il faut faire des réformes au niveau européen".