Une pression de plus pour Madrid. L'agence d'évaluation financière Fitch a abaissé jeudi 7 juin de trois crans la note de l'Espagne, qui tombe de A à BBB. De plus, Fitch a assortie cette note d'une perspective négative, signifiant qu'elle pourrait à nouveau dégrader ce pays au coeur de la crise de la dette de la zone euro. En outre, "l'Espagne devrait rester en récession jusqu'à la fin de l'année et en 2013, alors que dans sa précédente prévision Fitch s'attendait à ce que son économie bénéficie d'une reprise modérée en 2013", ajoute-t-elle. La dette publique espagnole est désormais à deux crans d'être considérée comme spéculative.

• Quel coût pour les besoins des banques espagnoles ?

Parmi les raisons évoquées par Fitch pour l'abaissement de la note espagnole figure le "coût budgétaire d'une restructuration et d'une recapitalisation du secteur bancaire espagnol", estimé à environ 60 à 100 milliards d'euros par l'agence. Dans une précédente étude publiée quelques minutes auparavant, Fitch avait évoqué une fourchette de 50 à 100 milliards.

Un peu plus tôt dans la journée de jeudi, deux sources du secteur financier ont indiqué à Reuters que le rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur les banques espagnoles montrera que ces dernières ont besoin d'une injection de capital d'au moins 40 milliards d'euros. Ce rapport, qui doit être publié lundi, va souligner que le secteur bancaire a besoin au total de 90 milliards d'euros mais que les établissements en bonne santé sont capables de supporter eux-mêmes une partie de cette somme, a dit l'une des deux sources.

Le rapport du FMI et un audit indépendant mené par les consultants Oliver Wyman et Roland Berger permettront de déterminer l'ampleur d'un probable plan de soutien aux banques espagnoles, actuellement à l'étude à Madrid, Bruxelles et Berlin pour restaurer la confiance des marchés en l'Espagne et plus généralement dans la zone euro.

• Comment sauver les banques espagnoles ?

Avec l'abaissement de la note du pays, la pression s'accentue sur l'Espagne. Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a pourtant repété jeudi que l'Espagne ne ferait pas appel à une aide internationale tant qu'elle ne connaîtra pas le montant exact dont elle a besoin pour recapitaliser ses banques. Madrid militait jusqu'ici pour que le fonds de secours européen, le futur mécanisme européen de stabilité (MES), soit autorisé à recapitaliser directement les banques espagnoles : cette aide ponctuelle serait ainsi bien éloignée d'un plan de sauvetage, qui place le pays sous tutelle d'institutions internationales et qui est jugé humiliant par le Premier ministre espagnol.

Mais le coût des intérêts d'emprunt espagnols a fortement augmenté ces dernières semaines, les investisseurs s'inquiétant de la capacité de Madrid à recapitaliser ses banques et à éviter une nouvelle dégradation de ses finances publiques. Le ministre du Trésor avait estimé en début de semaine qu'aux taux actuels, la porte des marchés était fermée pour Madrid.

De son côté , la zone euro se tient prête à venir en aide au secteur bancaire espagnol, si Madrid faisait une demande en ce sens, a affirmé jeudi le chef de file de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. "Si jamais l'Espagne demandait d'appuyer son secteur bancaire, cela serait évidemment fait", a affirmé Jean-Claude Juncker à Bruxelles."Il est trop tôt pour spéculer sur des chiffres", a-t-il estimé, soulignant que pour l'heure, "l'Espagne n'a pas formulé de demande" même si son "secteur bancaire est sous stress".