C'est la plus grande restructuration de dette jamais engagée dans le monde, mais elle pourrait quand même se montrer insuffisante. Près de 85,8% des créanciers privés de la Grèce ont accepté, vendredi 9 mars, un échange de dette prévoyant d'abaisser de moitié (53,5%) la valeur des obligations qu'ils détiennent. Cet échange doit permettre à la Grèce de ramener son ratio d'endettement à 120% de son Produit intérieur brut d'ici 2020 (contre 160% actuellement), condition sine qua non pour déclencher le deuxième plan d'aide adopté le mois dernier.

"Je veux dire combien aujourd'hui je suis heureux de trouver une solution à la crise grecque, s'est réjoui Nicolas Sarkozy, vendredi, après l'annonce de cet échange. Aujourd'hui, le problème est réglé, je veux dire aux Français que tous ces efforts ont été couronnés de succès, que la page de la crise financière est en train de se tourner, que nous pouvons nous attaquer aujourd'hui à la crise économique."

Concrètement, les créanciers vont donc perdre environ 107 des 206 milliards d'euros de dette grecque qu'ils détenaient. Mais cet effacement colossal sera-t-il suffisant pour que la Grèce sorte la tête de l'eau? Éléments de réponse.

• Le défaut de paiement évité de justesse

Si le taux de participation avait été inférieur à 75%, la Grèce aurait foncé droit vers la faillite. L'échange obtenu parait donc satisfaisant, comme le souligne Christian Parisot, un analyste chez Aurel BGC cité par Le Monde : "On a évité le principal risque, un défaut désordonné de la Grèce." François Baroin, ministre des Finances, a ainsi qualifié de "bonne nouvelle et beau succès" le résultat de l'opération.

Pour être certaine de pouvoir honorer ses engagements, la Grèce devrait toutefois activer les "clauses d'action collective" (CAC), un système qui lui permet de forcer les créanciers réticents à procéder à l'échange. Selon le ministre des Finances grec, le pourcentage de créanciers concernés pourrait ainsi passer à 95,7% d'ici le 23 mars, date butoir pour rendre sa décision. 

• Certains créanciers pourraient faire barrage

Le principal inconvénient d'un recours aux CAC serait le déclenchement vraisemblable des CDS (credit default swaps), des instruments de garantie contre un défaut de remboursement. Des responsables de l'ISDA (International Swaps and Derivatives Association) doivent se réunir vendredi après-midi pour juger si l'échange de dette justifie le paiement de ces CDS. 

En cas de décision positive, la Grèce devrait débourser environ 2,4 milliards d'euros, un impératif financier qui pèserait un peu plus sur ses épaules. Selon trois sources citées par Reuters, une partie de ces fonds spéculatifs pourraient aller jusqu'à porter le dossier devant les tribunaux si la Grèce refusait de remplir ces engagements.

• Le plan d'aide parait toujours insuffisant

L'échange des titres de dette était une condition pour lancer le déblocage d'une aide internationale de 130 milliards d'euros, approuvée le mois dernier par le Fonds monétaire international et l'Union européenne. Si la Grèce ne reçoit pas les fonds avant le 20 mars, elle ne sera pas en mesure d'honorer 14,5 milliards d'euros de dettes arrivant à échéance et fera défaut, car ses caisses sont vides.

Les 237 milliards d'aide qui doivent être étalés d'ici 2015 seront-ils suffisants sur le long terme ? Nombre d'analystes répondent que "non". Sur France Info, le chroniqueur Emmanuel Cugny expliquait en février que cette nouvelle tranche d'aide ne servirait "pas à relancer de manière structurelle et pérenne l’économie grecque". De plus, ce second accord pourrait aussi échouer, estime The Economist (lien en anglais). Le quotidien britannique garde en tête le bilan mitigé des 110 milliards d'euros octroyés en 2010. Deux ans après, la Grèce traverse toujours une immense crise.

Reste en suspend la question du Mécanisme européen de sécurité (MES), qui doit remplacer le Fonds européen de stabilité financière. Il sera doté à terme d'une capacité de prêt de 500 milliards d'euros. "Insuffisant", pour les pages économiques du journal suisse Le Temps, qui rappelle que cette dotation ne lui laisse qu'une marge de manœuvre réduite si l'Italie et l'Espagne connaissaient des difficultés similaires à la Grèce dans les prochains mois, ce qui n'est pas à exclure.

• Sans croissance, la Grèce continuera de plonger

Selon plusieurs analyses, le PIB grec pourrait se contracter jusqu'à 5% en 2012, malgré l'aide internationale. "En supposant que la dépense publique soit réduite aussi brusquement que le prévoit le plan européen, on voit mal comment la croissance pourrait revenir rapidement en Grèce", écrit La Tribune.fr. De fait, l'austérité extraordinaire imposée au pays assainit les finances mais étouffe également l'économie. Le chômage risquerait de continuer d'augmenter.

Or, sans croissance retrouvée, les finances publiques grecques resteront un tonneau des Danaïdes. "Les experts de la Royal Bank of Scotland tablent ainsi plutôt sur une croissance annuelle de 2,5% à partir de 2015", complète le journal. "Ils prévoient ainsi que le ratio dette sur PIB en 2020 serait alors de 160 %, soit... son niveau actuel".