Ce que va changer la baisse des taux directeurs de la BCE

Son président, Mario Draghi, a annoncé jeudi une nouvelle batterie de mesures.

Le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) Mario Draghi fait une conférence de presse pour détailler ses mesures pour relancer l'économie, le 10 mars 2016.
Le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) Mario Draghi fait une conférence de presse pour détailler ses mesures pour relancer l'économie, le 10 mars 2016. (DANIEL ROLAND / AFP)
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L'artillerie lourde. La Banque centrale européenne (BCE) a sorti les grands moyens jeudi pour tenter de relancer l'inflation en zone euro. Son président Mario Draghi a dévoilé une flopée de nouvelles mesures de soutien à l'économie.

L'institution monétaire a notamment décidé d'abaisser d'un coup ses trois taux directeurs, déjà au plus bas bas depuis plus d'un an. C'est une première dans l'histoire du bloc monétaire. Quelles sont les conséquences à en attendre?

C'est le moment de s'endetter

L'institution monétaire fait passer le taux central, le baromètre du crédit en zone euro, de 0,05% à zéro. Les banques pourront ainsi se refinancer sans frais auprès de la BCE. Logiquement, elles sont censées répercuter cette baisse, et diminuer les taux facturés à leurs propres clients qui s'endettent.  

Si tout se passe comme l'espère Mario Draghi,  les entreprises recourront davantage au crédit pour investir, et les particuliers pour consommer. Cette thérapie de choc vise, entre autres, à favoriser les achats de véhicules, de logements et de biens de consommation pour relancer l'économie.

... d'investir

Pour pousser davantage encore à l'investissement, la banque centrale va renforcer à partir d'avril son vaste programme de rachats de dettes d'Etat, le "Quantitative Easing". Jusqu'en mars 2017, la BCE va ainsi racheter jusqu'à 80 milliards d'euros de titres de dette chaque mois, contre 60 milliards jusqu'à présent, et ce jusque mars 2017. 

L'Obs expliquait en janvier 2015 "à un enfant de cinq ans" que cette technique "non-conventionnelle"permet d’injecter de l'argent dans les circuits de l’économie, avec l’espoir de la faire repartir". En rachetant les dettes d'Etat, la BCE rend ces titres moins attractifs (le mécanisme est développé dans l'Obs : le prix des obligations grimpe, mais leur rendement baisse). Dans le scénario rêvé de Mario Draghi, les investisseurs devraient alors se détourner de ces dettes d'Etat pour leur préférer d'autres produits. Et irriguer financièrement entreprises, start-up, PME ...

Mais pas d'épargner

A l'inverse, le taux de rémunération de l'épargne baisse aussi. Tant pis pour les épargnants et les rentiers qui préfèrent économiser que dépenser ou s'endetter : ils sont clairement les perdants de cette politique.

Du moins si la déflation est évitée

Par ces mesures de choc, la BCE espère surtout enrayer la déflation (une baisse des prix sur plusieurs trimestres). Or, un an après le début du "Quantitative Easing", l'inflation s'affiche à -0,2% en février en zone euro.  Et la BCE n'est guère optimiste dans ses prévisions. 

L'institution monétaire de Francfort attendait jusqu'alors une hausse des prix en zone euro de 1% pour l'année en cours. Chiffre revu à la baisse  jeudi 10 mars: sous l'effet de la faiblesse des cours du pétrole, l'inflation, selon Mario Draghi, ne devrait finalement enregistrer qu'un maigre 0,1% en 2016.

Or, en période de déflation, personne ne veut investir. Ni acheter, explique le blog Classe Eco puisqu' "en période de baisse des prix, le meilleur moment pour acheter un bien durable est "plus tard" puisque son prix va baisser". Ce qui ferait s'évanouir les espoirs de relance, ou de croissance.