Pots-de-vin, évasion fiscale, arnaques aux prestations sociales... La fraude et la corruption semblent être un jeu d'enfant en Grèce et restent des habitudes dans le pays. Le rapport de l’organisation de lutte contre la corruption Transparency International, publié mercredi 6 juin (synthèse en anglais), s’inquiète ainsi de la situation pour la zone euro et dresse un bilan par pays. Les résultats concernant la Grèce sont peu encourageants : les secteurs de l’économie, la culture, la politique ou la société en général apparaissent gangrénés par la corruption. Etat des lieux. 

A tous les étages Récemment, la petite île de Zakynthos, située à l’ouest du pays, au sud de l’Adriatique, a été rebaptisée "l’île aux aveugles" raconte le Wall Street Journal (article en anglais). Et pour cause : 700 des 39 000 insulaires ont déclaré souffrir de cécité. Soit neuf fois plus que la moyenne européenne. L’Etat leur versait donc tous les deux mois un peu plus de 720 euros de pension. Et l'un d'eux est chauffeur de taxi.

Les pots-de-vin sont une habitude en Grèce. Les chirurgiens sont particulièrement concernés, les inspecteurs du fisc aussi. Rallonger un délai, éviter tel impôt : toutes ces combines coûtent cher aux citoyens. Mais cette "petite corruption", comme l'appelle Angelos Syrigos de Transparency International en Grèce, n'est pas la plus grave. Dans le pays, c'est l'ensemble du système politique qui est concerné. 

Des chiffres Les données sur la situation en Grèce donnent le vertige. Le pays se classe cinquième au rang des pays les plus corrompus en Europe, juste derrière la Roumanie et la Bulgarie. Les partis politiques sont particulièrement poreux. Selon des chiffres de Transparency International (lien en anglais), les "fakelaki" (enveloppes) atteignent en moyenne 1 406 euros. La somme augmente selon les secteurs. On comptera jusqu'à 30 000 euros pour un acte chirurgical dans un hôpital public, 7 000 dans une clinique privée, 8 000 euros pour obtenir un permis de construire ou 500 pour avoir son permis de conduire. Quant à l’évasion fiscale, elle coûterait 13 milliards d'euros au pays chaque année. 

La cause de la crise ? A cette question, Angelos Syrigos répond un non franc. Pierre Verluise, directeur de la revue géopolitique Diploweb.com, nuance : "La corruption est une des origines de la crise actuelle en Grèce, pas la seule." Mais selon lui, l'état de la corruption "signifie qu’une partie significative des fonds européens [versés depuis l'entrée du pays dans l'UE en 1981] ont été détournés. Et l'Union européenne n’a pas eu le courage politique d’affronter le problème et a trop longtemps fermé les yeux."