C'est ce qu'on pourrait appeler une mauvaise main. L'Espagne est prise au piège d'une combo chômage-dette-récession. Le pays s'est réveillé vendredi 27 avril avec un taux de chômage record : 24,44% de la population active, soit près de 5,7 millions de sans-emploi. 

La veille, l'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la dette espagnole de deux crans, accentuant la pression sur les taux d'intérêt auquel le pays emprunte, déjà deux fois supérieurs à ceux de la France. Pour résorber le dérapage des comptes publics, le gouvernement compte poursuivre dans la voie de l'austérité…ce qui ne devrait pas arranger la situation du côté de la croissance. Car, pour couronner le tout, la récession est bien là. Le produit intérieur brut a reculé de 0,4% au premier trimestre 2012, après avoir perdu 0,3% fin 2011. 

L'Espagne vit "peut-être un des moments les plus durs pour son économie", a reconnu vendredi la porte-parole du gouvernement, Soraya Sáenz de Santamaría.

Un actif espagnol sur quatre sans emploi

Le site du quotidien national El País faisait sa une vendredi sur "le drame du chômage en Espagne". Avec près d'un actif sur quatre sans emploi, de plus en plus de familles sont condamnées à une grande précarité. Mois après mois, le nombre de foyers où tous les actifs sont au chômage s'accroît : 1,7 million au premier trimestre 2012 (sur un total de 17,4 millions de foyers), en hausse de 9,74% entre janvier et mars, selon des chiffres officiels cités par El País (article en espagnol).

Dans cette situation, des foyers surendettés n'arrivent plus à payer leur hypothèque ou leur loyer. Les expulsions ont atteint un record historique en 2011, "58 241, avec une progression de 21,8 % par rapport à 2010", indiquait le conseil général du pouvoir judiciaire début avril.

Le Monde raconte l'histoire de Chema Ruiz, un chômeur de 38 ans qui a dû emménager chez sa sœur avec femme et enfant. "Sans (son aide), nous serions à la rue ou dans un squat. Comme nous avons été expulsés de chez nous par la banque, nous sommes fichés partout. Nous ne pourrions ni louer un appartement, ni même avoir un prêt pour acheter un lave-linge ou simplement ouvrir une ligne de téléphone", explique-t-il.

Génération perdue

Les moins de 25 ans sont particulièrement vulnérables. On parle de "mileuristas" (littéralement, "mille euro-istes") pour qualifier les jeunes diplômés qui entrent sur le marché du travail avec un microsalaire. Ces actifs, bien que précaires, paraissent chanceux au regard des derniers chiffres de l'emploi en Espagne, où plus de la moitié des jeunes qui veulent travailler sont au chômage (52% au premier trimestre 2012). 

Nombreux sont ceux qui doivent se résoudre à abandonner leur indépendance. En 2011, 140 000 jeunes entre 16 et 29 ans ont dû retourner vivre chez leurs parents, selon un rapport de l'Observatoire de la jeunesse en Espagne (Injuve).