"Maintenant, c'est avec lui qu'il faut parler", résumait Jean-Luc Mélenchon le 21 mai dernier. Lui, c'est Alexis Tsipras, leader du parti de gauche radicale grec. Lors des élections législatives du 6 mai, son parti a créé la surprise en récoltant 16,8% des suffrages, soit 52 sièges au Parlement. La formation s'est classée deuxième, juste derrière les conservateurs de la Nouvelle démocratie et devant les socialistes du Pasok.

Depuis, la formation d'un gouvernement de coalition a échoué et Alexis Tsipras vise un meilleur score lors du scrutin du 17 juin. Objectif : prendre la place du Premier ministre. Mais qui est le nouvel homme fort de la Grèce ? Portrait. 

Le "Mélenchon grec"

Depuis les élections du 6 mai, Alexis Tsipras n'est plus l’illustre inconnu qu’il était récemment en Europe. Ses cheveux bruns et son sourire légèrement frondeur s'affichent désormais en une des journaux. Voire même aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche. C'était le 21 mai dernier, après l'échec des négociations sur la formation d'un gouvernement de coalition grec.

La presse n'a pas tardé à faire le rapprochement entre les deux, à l'instar de L'Expansion qui le qualifie sans détour de "Mélenchon grec". "Nous avons des positions très proches (...) et partageons un même agenda", acquiesce le Grec sur Europe 1. Leurs différences ne se comptent qu'en années : quand Alexis Tsipras affiche 38 ans à peine, son aîné français dépasse les 50.

Tsipras, l'insoumis

Adepte des formules chocs, le jeune leader, ingénieur de métier, n'hésite pas à afficher clairement ses positions. Les symboles, il maîtrise. Dans son bureau d'Athènes, les photos du révolutionnaire Che Guevara et du Cubain Fidel Castro ornent les murs, note ainsi Le Figaro.fr. Pour ses apparitions en public, il choisit la figure emblématique de l’insoumission et de la résistance grecque à l’occupation allemande : Manolis Glezos. En mai 1941, celui que l'on surnomme aujourd'hui le "Stéphane Hessel grec" avait décroché le drapeau nazi flottant au sommet de l’Acropole. 

Le leader de Syriza, Alexis Tsipras (à droite), accompagné de Manolis Glezos, figure grecque de la résistance (à gauche), le 3 mai 2012 lors d'un meeting à Athènes. 
Le leader de Syriza, Alexis Tsipras (à droite), accompagné de Manolis Glezos, figure grecque de la résistance (à gauche), le 3 mai 2012 lors d'un meeting à Athènes.  (ON)


Mais les symboles irritent. Notamment le vice-ministre des Affaires étrangères, Spyros Kouvelis, qui s’insurge dans Le Figaro : "Il se prend pour Hugo Chavez, sauf que la Grèce n'est pas le Venezuela et qu'il n'y a pas de pétrole ici !" Pas de quoi déstabiliser le leader de Syriza pour autant.

Une lente ascension

Alexis Tsipras n’est pas un novice en politique. Sa carrière, il la débute à 17 ans au sein du KKE, le parti communiste grec. "Cheveux longs flottants aux vents", il organise des manifestations de lycéens et négocie âprement avec le ministre de l’Education, rappelle Der Freitag (traduit par Presseurop). Selon le journal allemand, le jeune Tsipras affiche déjà un "optimisme inébranlable" et se montre "fermement convaincu que le monde n'attend que d'être sauvé par lui". Dans Le Nouvel Observateur, Aliki Papadomichelaki, militante au sein d'une des branches de Syriza, nuance mais ne dit pas autre chose : elle loue le "sérieux" de l’adolescent et son esprit "très combatif"

Tsipras fait son réel baptème politique en 2006, année de son entrée au conseil municipal d’Athènes. Deux ans plus tard, il prend la tête de la coalition de gauche radicale Syriza. L'année suivante, il entre au Parlement mais son score est alors quatre fois inférieur à celui obtenu le 6 mai 2012.

Pas anti-européen

"Personne n’a le droit de réduire un peuple fier à un tel état de détresse et d’avilissement", confie Tsipras le 18 mai au Guardian (article en anglais). Le 17 juin, les Grecs auront donc le choix entre "l’austérité ou l’espoir". L’espoir de se redresser, de s’en sortir et de changer le monde... avec Syriza. "L’Europe se trouve à un carrefour, explique-t-il dans l’émission Là-bas si j’y suis de France Inter. Il faut changer de voie et d’orientation." 

Outre le doublement du Smic et la hausse des pensions de retraites, Alexis Tsipras s’est engagé à "annuler" le mémorandum voulu par les créanciers de la Grèce. L'accord impose un programme d'austérité jusqu’en 2015 en échange d’une aide financière. Qu'on ne l’accuse pas d’être anti-européen pour autant. "Nous proposons ce qui semble être la seule politique réaliste à l’échelle européenne, c’est-à-dire une politique (...) orientée vers la cohésion sociale et la démocratie", se défend-il sur Europe 1. 

Ni héros, ni sauveur

Pour Michalas, toutes ces propositions sont louables mais utopiques. Ce chanteur de 23 ans est venu assister "par curiosité" à une réunion publique du parti, mardi 12 juin, dans la banlieue d'Athènes. "J'aime tout ce que dit Syriza mais pour le moment je n'y crois pas. Si Tsipras arrive à faire tout ce qu'il dit, je deviens membre et je m'achète un tee-shirt au nom du parti !" Mais ce qui retient Michalas, c'est surtout la peur du retour à la drachme, l'ancienne monnaie grecque.

Sur ce sujet, Alexis Tsipras est clair : "Ce n’est pas quelque chose que nous désirons" déclare-t-il au Wall Street Journal (article en anglais). Le leader de Syriza veut incarner un homme sage, calme et droit pour rassurer et remettre de l’ordre dans un pays miné par la crise. "Je ne crois pas aux héros ou aux sauveurs", assure-t-il au Guardian. La Grèce, inquiète, attend pourtant le sien.