Faut-il s'inquiéter de la crise boursière en Chine ?

Les cours des places financières asiatiques chutent une nouvelle fois. Avec quelles conséquences pour l'économie mondiale ? Francetv info a posé la question à Philippe Waechter, économiste chez Natixis.

Un investisseur observe le cours des actions boursières, à Fuyang City (Chine), le 7 janvier 2016.
Un investisseur observe le cours des actions boursières, à Fuyang City (Chine), le 7 janvier 2016. (AN XIN / IMAGINECHINA)
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Panique sur les Bourses asiatiques. Celles de Shanghai et de Shenzhen, en Chine, ont reculé de 7,21% jeudi 7 janvier, moins de 15 minutes après leur ouverture. A Tokyo (Japon), la Bourse s'est clôturée sur un recul de 2,33% et Hong-Kong a enregistré une baisse de plus de 3%. Et les places financières européennes de leur emboîter le pas : Paris a ainsi cédé 1,72%, Londres 2% et Francfort 2,29%. Faut-il s'inquiéter pour l'économie mondiale ? Et pour la France ? Francetv info a interrogé Philippe Waechter, directeur de recherches économiques chez Natixis.

Francetv info : Que se passe-t-il sur les Bourses chinoises depuis le début de la semaine ?

Philippe Waechter : Pour mieux le comprendre, il faut remonter à la crise chinoise de juillet dernier. A la suite du krach de cet été, les autorités ont mis au point un système de "coupe-circuit". Dès qu'une baisse de 5% est enregistrée, la Bourse se ferme automatiquement. C'est ce qu'il s'est passé le lundi 4 et de nouveau le jeudi 7 janvier.

Pékin avait aussi décidé que les investisseurs chinois qui détenaient plus de 5% du capital d’une entreprise ne pourraient plus vendre leurs actifs pendant six mois. Cette période doit s'achever vendredi 8 janvier. Alors par anticipation, les petits investisseurs ont préféré vendre leurs actions dès le début de la semaine plutôt que d’attendre l’échéance. En réaction, les autorités ont établi une nouvelle règle sans limite dans le temps. Désormais ces investisseurs n'ont pas le droit de vendre plus de 1% de l'entreprise tous les trois mois.

Les marchés ont également réagi à l’annonce du recul des activités manufacturières chinoises pour le dixième mois consécutif, et aux discussions autour de la rupture des liens diplomatiques entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

En quoi cela touche-t-il les marchés occidentaux ? 

Ils s’inquiètent du ralentissement de l’activité chinoise, qui joue un rôle considérable dans l’économie globale. Les autorités chinoises sont dans une phase d’ajustement monétaire. Le yuan se déprécie par rapport aux autres monnaies. Pour l’instant, ce n’est pas spectaculaire mais ce qui est important, c’est ce signal envoyé par Pékin. Cette baisse de la valeur de la monnaie montre que les autorités ont pris en compte que la situation de leur pays était moins porteuse que ce qu'elles imaginaient. 

Faut-il craindre un ralentissement de l'économie mondiale en 2016, à cause de ce ralentissement chinois ?

Oui. Si l’économie chinoise va moins bien, les exportations, notamment de la France vers l’Asie, vont être moins importantes. Mais pas seulement à cause de cela... Il y a d'autres indices qui laissent penser que 2016 ne sera pas très positive : l'évolution du commerce mondial progresse très lentement depuis septembre 2011 et on ne voit pas d’inversion de la tendance.

Le prix des matières premières est en baisse. La chute du prix du pétrole, qui se situe autour de 33 dollars le baril, reflète le fait que l’on n'imagine pas une augmentation de la demande, tout simplement parce que les pays réduisent leurs investissements. Il y a d'ailleurs des enquêtes auprès des chefs d’entreprise de plusieurs pays qui le montrent bien : l'investissement ne repart pas, ni aux Etats-Unis, ni dans les pays émergents. 

L'économie peine à retrouver une croissance solide. Elle n'a plus cette capacité à rebondir qu'on a connu après d'autres crises. A ces facteurs économiques s'ajoute l'instabilité politique, qui est très forte : la crise des migrants en Europe, la situation au Moyen-Orient, l'élection américaine... La situation sociale est aussi préoccupante dans de nombreux pays où l'on ne parvient pas à créer assez d'emplois.

Depuis deux ou trois ans, il manque une locomotive pour tirer l'économie mondiale. L’économie chinoise ralentit, l'économie américaine est stable mais elle n'est pas très puissante. Quant à l'économie européenne, elle garde une croissance faible depuis 2011. Et en Russie, la baisse du cours des matières premières met aussi l'économie en difficultés.

Et la France, elle s'en sort comment ?

Elle ne s’en sort pas si mal. Elle retrouve un peu d’allant, à l'instar de l’économie européenne. Une croissance de 1,5% voire 1,6% est tout à fait envisageable. Reste néanmoins l’inquiétude sur la dynamique politique qui va s’installer dans l’Union européenne.