Élection présidentielle : "La Guyane et les départements d'outre-mer sont le miroir grossissant de la France"

Le secrétaire départemental du syndicat FSU, Alexandre Dechavanne, voit dans le résultat du premier tour à l'élection présidentielle le signe que la Guyane et les départements d'outre-mer sont "le miroir grossissant de la France" et des crises qui couvent dans le pays.

Un bureau de vote en Guyane, le 22 avril 2017.
Un bureau de vote en Guyane, le 22 avril 2017. (JODY AMIET / AFP)
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Une très forte abstention (65,31%), Jean-Luc Mélenchon en tête (24,72%) devant Marine Le Pen (24,29%), loin devant Emmanuel Macron (18,75%) : les électeurs guyanais n'ont pas voté pour les mêmes finalistes, au premier tour de l'élection présidentielle, que l'ensemble des Français.

Après un mois de grève et de blocages, Alexandre Dechavanne, secrétaire départemental du syndicat FSU, y a vu lundi 24 avril sur franceinfo le signe que la Guyane et les départements d'outre-mer sont "le miroir grossissant de la France" et des crises qui couvent dans le pays.

franceinfo : L'abstention a été très forte en Guyane (65,31%): faut-il y voir une conséquence de la crise sociale que vous avez connue ?

Alexandre Dechavanne : Tout à fait, puisqu'à la fin de cette crise, certains représentants du collectif [le collectif "Pou la Gwiyann dékolé"] ont décidé d'appeler à boycotter l'élection présidentielle, afin de marquer leur mécontentement. Nous n'étions pas d'accord avec cela, nous pensons qu'aujourd'hui, nous devons encore plus qu'avant nous exprimer par les urnes, mais seuls 37% des électeurs se sont déplacés.

Les électeurs qui ont voté en Guyane ont choisi à quasi égalité Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, comment faut-il lire ces résultats selon vous ?

Je dirais que la Guyane et les outre-mer en général sont le miroir grossissant de la France. On a retrouvé la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon très très haut, parce qu'on se rend bien compte que les politiques menées, qu'elles soient de gauche ou de droite, depuis 30 ans n'ont pas eu les effets escomptés. Et puis aujourd'hui, il ne faut pas se mentir, il y a aussi le nationalisme et le repli identitaire, parce que nous sommes dans des départements d'outre-mer, que la situation est grave et que les deux qui sont dans l'opinion à présenter d'autres solutions seraient l'extrême droite et la France insoumise.

On a jamais autant parlé de la Guyane dans une campagne présidentielle, est-ce qu'au moins c'est un acquis de votre mouvement ?

Oui c'est une très bonne chose, mais nous avons encore de grandes difficultés. Nous avons été un peu dans le débat, à certains moments, de cette présidentielle, mais il y a encore tout à faire, et il faudra encore d'autres mouvements sociaux d'ampleur pour que la France se souvienne de la Guyane et des outre-mer en général. Cela a été une campagne très particulière ici, car avec un mois de conflit, il n'y a pas eu d'affichage sur les panneaux électoraux, les cartes d'électeurs ont été remis dans les bureaux de vote, les professions de foi n'ont pas pu arriver car tous les documents étaient bloqués, puisque la poste était bloquée, mais c'était quand même dans les discussions sur les barrages, puisqu'aujourd'hui il faut un vrai changement pour la Guyane, et que certains représentants politiques offraient des perspectives.

Qu'est-ce que vous comptez faire, à titre personnel, pour le second tour de cette élection présidentielle ?

C'est très compliqué, ce qui est certain, c'est que j'irai voter. En tant que représentant de la FSU, de toute manière, nous devons combattre les idées nauséabondes de l'extrême droite: un parti qui divise, qui rejette, qui exclut, au moment où nous avons montré en Guyane qu'au contraire en se serrant les coudes on pouvait faire avancer les choses.

Alexandre Dechavanne : "Cela a été une campagne très particulière ici."
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