En Bretagne, des agriculteurs en "révolte" mettent le feu au centre des impôts de Morlaix

Les légumiers en colère ont également incendié le local de la Mutualité sociale agricole.

Un pompier inspecte les décombres du centre d'impôts de Morlaix (Finistère), incendié par des agriculteurs en colère, le 20 septembre 2014.
Un pompier inspecte les décombres du centre d'impôts de Morlaix (Finistère), incendié par des agriculteurs en colère, le 20 septembre 2014. (FRED TANNEAU / AFP)

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La Bretagne s'embrase une nouvelle fois. Des agriculteurs ont mis le feu, vendredi 19 septembre au soir, au local de la Mutualité sociale agricole (MSA) et au centre des impôts de Morlaix (Finistère), deux symboles de l'administration, ont indiqué Le Télégramme et Ouest France.

Francetv info revient sur ce coup de sang des producteurs de légumes.

Que s'est-il passé ?

Les légumiers en colère sont partis en début de soirée vers Morlaix avec une centaine de tracteurs et de remorques remplies de légumes. Ils se sont d'abord dirigés vers le bâtiment de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) situé en périphérie de la ville sur la commune de Saint-Martin-des-Champs.

Selon le maire PS de cette commune, François Hamon, les manifestants ont alors "tout saccagé à l'intérieur". Ils y ont ensuite mis le feu à l'aide de palettes et de pneus après avoir déversé devant le bâtiment une partie de leur cargaison de légumes invendus, des pommes de terre et des artichauts. "Le bâtiment est détruit, la charpente à l'intérieur s'affaisse", a déploré l'élu.

En milieu de soirée, les manifestants ont quitté la MSA pour se diriger vers le centre-ville de Morlaix et se sont regroupés devant le centre des impôts. Outre les légumes invendus, des palettes et des pneus, ils ont aussi déversé du fumier. Cassant portes et fenêtres, ils ont alors incendié le bâtiment, détruisant l'une de ses extrémités. Des légumes ont été également déversés à d'autres endroits de la ville.

Peu après minuit, les manifestants se sont dirigés vers leur troisième cible, le pont autoroutier de la nationale 12 qui relie Morlaix à Brest. Ils y ont déversé des tonnes d'artichauts sur route. Selon l'AFP, des palettes et des pneus ont été brulés sur le pont, des glissières de sécurité arrachées.

Pourquoi sont-ils en colère ?

Les agriculteurs expliquent souffrir de l'embargo russe, de la chute des cours de pommes de terre et d'échalotes et des contraintes fiscales et administratives qui pèsent sur eux. "Les producteurs de légumes ne peuvent plus dans le contexte économique dégradé que l'on connaît continuer à fonctionner ainsi", avait déclaré vendredi Jean-François Jacob, président de la Sica (société d'intérêt collectif agricole) de Saint-Pol-de-Léon.

"On nous a parlé de façon successive depuis 20 ans de simplification administrative, à chaque fois on constate que c'est l'effet inverse. Nous on dit: 'stop'", avait déploré le président du premier groupement français de producteurs de légumes avant d'annoncer : "Puisque Paris n'arrive pas à mettre en oeuvre les simplifications administratives, nous allons, au niveau agricole et peut-être avec d'autres filières et secteurs de l'économie bretonne, mettre en œuvre une simplification administrative de nos relations avec les pouvoirs publics". "Ce ne sera peut-être pas très bien perçu", avait-il ajouté.

Quelles sont les réactions ?

Les élus de Saint-Martin-des-Champs et de Morlaix oscillent entre colère et compréhension. "C'est le signe d'une grande détresse pour en arriver là. Quelque part, ça fait peur", a réagit François Hamon, le maire de la première commune qui vient de perdre un bâtiment construit il y a seulement deux ans. 

"C'est une action très importante, il n'y a pas de forces de l'ordre, on est très démunis", déplore Agnès Le Brun, maire UMP de Morlaix. "C'est une action que je déplore et que je condamne, je suis assez en colère""Des alarmes ont été lancées depuis plusieurs mois auxquelles l'État n'a jamais répondu", a-t-elle rappelé

"C'est une jacquerie, une révolte qui part de la base, complètement déstructurée, hors des relations syndicales, les syndicats sont dépassés par la base", estime l'édile. "C'est un bâtiment d'Etat" qui a été visé dans la nuit, "à l'Etat d'intervenir", a-t-elle ajouté.

L'un des députés du département, Jean-Jacques Urvoas, s'est montré moins compréhensif. Sur Twitter, il a condamné "sans fard" les manifestants.