Suppression de la taxe d'habitation : "C'est une saignée énorme" dans les budgets, explique l'association des maires de France

80% des ménages français seront exonérés de taxe d'habitation en 2018. L'association des maires de France, par la voix de son secrétaire général, dénonce "une saignée énorme" dans les budgets communaux.

Philippe Laurent, secrétaire général de l\'association des maires de France (AMF), estime que la réforme de la taxe d\'habitation pourrait générer un manque de dix milliards d\'euros de recettes pour les collectivités territoriales.
Philippe Laurent, secrétaire général de l'association des maires de France (AMF), estime que la réforme de la taxe d'habitation pourrait générer un manque de dix milliards d'euros de recettes pour les collectivités territoriales. (MARLENE AWAAD / MAXPPP)
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franceinfoRadio France

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La suppression de la taxe d'habitation pour 80% des ménages devrait entrer en vigueur dès 2018, selon les informations de franceinfo. Philippe Laurent, secrétaire général et président de la commission des Finances de l'association des maires de France (AMF), estime que cette mesure représente potentiellement un manque de dix milliards d'euros de recettes pour les collectivités territoriales.

franceinfo : Vous pensiez que la suppression de la taxe d'habitation allait être reportée, finalement elle entrera en vigueur dès 2018. Quelle est votre réaction ?

Philippe Laurent : Nous étions satisfaits car nous pensions que nous allions pouvoir discuter avec Edouard Philippe. Le Premier ministre a la même sensibilité que nous. Il a été maire d'une grande ville et il sait que cette suppression va poser des problèmes. Malheureusement, ce réalisme semble n'avoir pas été pris en compte.

Pourtant, on vous promet une compensation intégrale. Quel est le problème ?

Ce discours de la compensation intégrale nous le connaissons depuis 30 ans. Mais la compensation n'est jamais intégrale ou alors elle s'érode progressivement au fur et à mesure des besoins financiers de l'État. C'est très facile pour l'État de diminuer ou de supprimer les compensations d'impôts supprimés. C'est une ligne dans le budget et ça ne remet pas en cause son propre fonctionnement. C'est toujours aussi très facile de faire cadeau avec l'argent des autres. Nous en avons l'habitude.

Comment les communes vont réagir ?

Nous devons nous voir lundi 17 juillet, lors de la conférence nationale des territoires. Nous espérons que ces questions fiscales seront abordées car il y a beaucoup à faire, et pas seulement au niveau de la taxe d'habitation. La répartition des ressources publiques entre l'Etat et les collectivités locales n'est pas satisfaisante. Mises à part la justice, la défense, la police et l'éducation nationale, les collectivités territoriales gèrent la quasi-totalité des services publics rendus aux citoyens. C'est la qualité de vie des Français au quotidien qui va être impactée. Nous espérons mettre les choses sur la table. Il faut faire comprendre que la suppression de la taxe d'habitation représente possiblement un manque de dix milliards d'euros de recettes pour les collectivités territoriales. C'est une saignée énorme. Rien que pour ma commune de Sceaux, cela représente un tiers de mes recettes.