Rentrée scolaire : se passer des contrats aidés à l'école est "inimaginable", assurent certaines communes

160 000 contrats aidés ne devraient pas être renouvelés cette année, les communes s'inquiètent des conséquences sur la rentrée scolaire.

Une salle de classe dans une école primaire de la Réunion
Une salle de classe dans une école primaire de la Réunion (RICHARD BOUHET / AFP)
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franceinfoSolenne Le HenRadio France

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Trop coûteux, inefficaces... La ministre du Travail Muriel Pénicaud a décidé de réduire de façon drastique le nombre de contrats aidés et 160 000 contrats de ce type devraient ne pas être renouvelés. Si le gouvernement promet officiellement "d'épargner" l'Éducation nationale dans ses coupes, sur le terrain, c'est bien plus compliqué. Et la rentrée scolaire dans moins de deux semaines s'annonce très tendue.

Avec une partie des contrats aidés renouvelés d'ici la fin de l'année, notamment pour l'accompagnement des enfants handicapés, l'Éducation nationale paraît effectivement relativement épargnée. Mais dans les écoles en France, on compte des dizaines de milliers d'autres personnels en contrats aidés, embauchés par les communes et les collectivités territoriales. Les coupes risquent d'être importantes, et ça dans de nombreuses communes. C'est le cas, par exemple, à Jonquière-Saint-Vincent (Gard). Ici, début août, "nous avons reçu un courrier de Pôle Emploi nous demandant de ne pas renouveler les contrats aidés", explique Cathy Climent, adjointe au maire. Dans ce village de 3 600 habitants, la mairie finance six emplois aidés, "dont quatre intervenaient en primaire et un au niveau de la restauration scolaire" précise l'élue. 

Le maintien de ces postes est donc en suspens. Leur avenir dépend de l'arbitrage de la préfecture. Et à ce jour, les quatre personnes embauchées fin juin comme Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles), pour aider les enseignants de maternelle, ne savent toujours pas si elles travailleront le 4 septembre, jour de la rentrée. 

Un impact sur les rythmes scolaires

Une très grande partie des 160 000 contrats aidés qui ne vont pas être renouvelés sont affectés dans les écoles, ce qui n'est pas sans poser quelques soucis. "C'est dans une école qu'on a le plus besoin de renforts, souligne Pilar Chaleyssin, présidente de l'association des maires du Gard. Plus vous mettez de personnes, mieux les enfants sont gardés. Ça nous permet de décloisonner dans les classes, de renforcer l'accueil dans les classes surtout dans les maternelles quand on doit, par exemple, surveiller la sieste."

La suppression des contrats aidés à la rentrée aura également des conséquences sur les rythmes scolaires. A Valorbiquet, commune de 2 500 habitants dans le Calvados, la maire avait décidé de rester cette année à la semaine de quatre jours et demi d'école et d'embaucher pour cela cinq animateurs pour la rentrée, afin d'assurer les activités périscolaires. Problème : ils ne sont plus garantis. "Un coup de bambou très, très fort, commente Christelle Bacq-De-Paepe, la maire de Valorbiquet. On avait tout calculé en fonction des contrats qu'on pouvait prendre."

On a vraiment besoin de ces cinq personnes-là, sinon on n'aurait pas le taux d'encadrement nécessaire et il y aurait même des moments où les enfants n'auraient pas d'encadrement

Christelle Bacq-De-Paepe, maire de Valorbiquet

à franceinfo

Se passer des contrats aidés est une perspective "inimaginable" pour l'élue, d'autant qu'il est impossible pour la commune de revenir à la semaine de quatre jours. "On a contacté l'Inspection académique qui nous dit : 'c'est trop tard, les mouvements de personnel sont faits', ils ne peuvent pas revenir en arrière, ils ne peuvent pas contacter les enseignants deux semaines avant la rentrée pour tout chambouler", précise Christelle Bacq-De-Paepe. Si l'Éducation nationale maintient ses positions, c'est la commune de valorbiquet qui devra financer les postes avec son budget. "C'est un surcoût de 67 000 euros, c'est vraiment énorme." 

Les conditions d'accueil des enfants handicapés dégradées

Les parents d'enfants handicapés eux aussi sont inquiets de la diminution de ces contrats aidés. Ce sont surtout des contrats de ce type qui accompagnent toute la journée les élèves handicapés. 50 000 renouvellements dans l'Éducation nationale devraient être assurés pour la fin de l'année. Mais c'est 20 000 contrats de moins qu'au second semestre de l'année dernière. "Cela va créer des conditions de rentrée difficiles puisqu'un certain nombre d'enfants handicapés ne pourront pas bénéficier des accompagnements dont ils ont besoin pour réussir leur scolarité" indique Paul Devin, secrétaire général du syndicat des personnels d'inspection de l'Éducation nationale. 

Au delà de ces exemples, avec des dizaines de milliers de postes actuellement en suspens dans les écoles, la plupart des élus de France se demandent comment ils vont parvenir à mettre en place la rentrée le 4 septembre prochain. À La Réunion, la rentrée scolaire a lieu mardi 22 août, avec cinq jours de retard sur le calendrier initialement prévu. Les maires de nombreuses communes de la région l'ont décalée pour protester contre la suppression de 75% des postes en contrats aidés sur l'île. 

Se passer des contrats aidés à l'école est "inimaginable" selon certaines communes : reportage de Solenne Le Hen
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