Baisse des aides au logement : "consternée", Emmanuelle Cosse accuse le gouvernement "de dire n'importe quoi"

L'ancienne ministre du Logement affirme qu'une baisse de 5 euros n'a jamais été actée pendant le mandat de François Hollande, contrairement à ce qu'avance le gouvernement.

Emmanuelle Cosse participe à la passation de pouvoirs au ministère du Logement avec son successeur Richard Ferrand, à Paris, le 17 mai 2017.
Emmanuelle Cosse participe à la passation de pouvoirs au ministère du Logement avec son successeur Richard Ferrand, à Paris, le 17 mai 2017. (MAXPPP)
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Yann ThompsonFrance Télévisions

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Le gouvernement va-t-il devoir revoir ses explications ? Contactée par franceinfo, l'ancienne ministre du Logement Emmanuelle Cosse accuse, samedi 22 juillet, le gouvernement de mensonge pour justifier la baisse de 5 euros de toutes les aides au logement dès le 1er octobre, dont l'aide personnalisée au logement (APL).

Franceinfo : Comment avez-vous accueilli l'annonce de Matignon sur les APL ?

Emmanuelle Cosse : Je suis absolument consternée que la première mesure de ce gouvernement sur le logement soit une baisse des APL [aides personnalisées au logement]. Il faut rappeler que les APL concernent des personnes qui sont à moins de 1 000 euros par mois et qu'il y a six millions de personnes aujourd'hui qui en ont besoin pour payer leur loyer.

Cette baisse de 5 euros pour tous les bénéficiaires aura des effets extrêmement forts, pour des gens qui ont des revenus extrêmement faibles.

Emmanuelle Cosse

à franceinfo

Cinq euros, c'est considérable. Il faut vraiment se rendre compte que, parmi ces gens, certains n'ont que 600 euros par mois pour vivre et qui ont 200 ou 300 euros de loyer. Les APL, aujourd'hui, leur permettent tout simplement de payer leur loyer et de ne pas être en situation d'endettement.

Le gouvernement affirme qu'il s'agit d'une réforme qui avait été actée durant le quinquennat de François Hollande...

Il faut arrêter de dire n'importe quoi. Monsieur Darmanin, n'assumant pas cette mesure de rigueur très dure et qui va faire très mal dans les publics défavorisés, explique que c'est l'application d'une réforme que nous aurions mis en place, ce qui est faux.  

Il y a eu tout un débat sur les APL, en 2015, qui a abouti à des mesures d'économie dans la loi de finances de 2016 discutée en décembre 2015. Ces mesures visaient surtout à raboter les APL pour les publics qui avaient plus de 30 000 euros de patrimoine et à rappeler que les enfants dont les parents payaient l'ISF n'avaient pas le droit à l'APL. Ces mesures ont été appliquées en juillet et en octobre 2016.

Une baisse de 5 euros n'a donc jamais été à l'étude ?

En aucun cas, il n'a été envisagé d'avoir des mesures de baisse généralisée pour tous les publics. Dans l'administration, il y a toujours eu des gens favorables tout simplement à une suppression des APL, parce que c'est une charge importante du budget de l'Etat. Il faut assumer quel type d'Etat on est. Est-ce qu'on est un Etat qui aide les plus démunis ? Ou est-ce qu'on aide les gens en proie à des difficultés ?

Baisser les APL, ça a toujours des effets sur le surendettement et sur l'augmentation du nombre de gens ayant des difficultés à payer les loyers. C'est ça qui va se passer. Monsieur Darmanin fait des choix d'économie très contestables. On n'est pas obligé de supprimer l'ISF ou la taxe d'habitation. Ils ont fait un choix et ils l'expliquent comme ça, c'est inadmissible. Qu'il assume ses propositions, qu'il défendait déjà quand il était membre des Républicains.