L'ambiance reste fébrile au sein de la zone euro, jeudi 15 décembre. Les effets de l'accord conclu pour renforcer la discipline budgétaire des pays européens au sommet de Bruxelles se dissipent, moins d'une semaine après sa signature. Mercredi, les Bourses du Vieux Continent ont enregistré de fortes pertes.

"L'accord européen est de 'la poudre aux yeux'", expliquait l'économiste Michel Dévoluy le 9 décembre, jour de la signature. Son analyse se confirme aujourd'hui. Passage en revue des problèmes qui se posent (encore) aux pays membres de la zone euro.

• Aucune perspective nouvelle pour relancer la croissance

1,6 % pour 2011, 0,2 % pour 2012 : la croissance de la zone euro est en berne, d'après les chiffres de l'Organisation de coopération et de développement économiques. L'OCDE a revu ses prévisions à la baisse le 28 novembre, suivies des banques centrales des membres de la zone euro, qui ont fait de même pour leurs pays respectifs.

"L'accord européen n'a pas changé grand chose : les pays restent sur une orientation de restriction budgétaire forte, qui pèse sur la croissance", explique Xavier Timbeau, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économique (OFCE). Pourtant, c'est un problème majeur : si la croissance n'est pas relancée, la crise a toutes les chances de se poursuivre... Et de s'aggraver, car "la monnaie unique sera synonyme de baisses de salaires, de déflation par la dette et d’effondrement économique prolongé", estime Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times (article en anglais réservé aux abonnés).

• Une règle d'or insuffisante

Le pacte européen, qui sera finalisé d’ici mars 2012, doit obliger les Etats de la zone euro à inscrire une "règle budgétaire" dans leur Constitution pour faire en sorte que leurs comptes soient "à l'équilibre". Le déficit "structurel" d'un Etat ne pourra dépasser 0,5 % du Produit intérieur brut (PIB) à compter d'une date-butoir restant à fixer.

"En période de crise, l'instauration d'une règle d'or conduit à une récession sans fin. Elle incite les Etats à appliquer des plans de rigueur qui bloquent la relance de la croissance", analyse Xavier Timbeau.

• Des gouvernements fragilisés par les eurosceptiques

Dans certains pays, l'opposition s'impatiente face au manque d'efficacité des décisions européennes. "Aux Pays-Bas comme en Finlande, c'est un gouvernement à la majorité fragile qui pourrait être contraint de lâcher du lest face aux 'eurosceptiques'", affirme Le Figaro.

Le Danemark, la République tchèque, la Suède et la Hongrie ne font pas partie de la zone euro, mais pourraient signer le pacte européen. Ces pays ont demandé un délai. Toutefois, ils devraient soumettre l'accord européen à un vote de ratification devant leur Parlement, ce qui pourrait poser problème.

• Pas de nouvelle intervention de la BCE

La Banque centrale européenne (BCE) a abaissé son principal taux directeur d'un quart de point, à 1 %, le 8 décembre, à la veille du sommet européen. Mais le même jour, le président de la BCE, Mario Draghi, avait fait savoir que l'institution refusait d'intervenir davantage sur la dette publique des Etats en difficulté, appelant les gouvernements à "faire le maximum"

"Après l'accord européen, il n'y pas eu d'action de la BCE pour baisser les taux d'intérets auxquels empruntent les pays. Pourtant, cela aurait pu créer un cercle vertueux", regrette Xavier Timbeau. Mario Draghi a simplement salué l'accord, "une avancée en direction de règles budgétaires claires dans notre union monétaire", jeudi 15 décembre, lors d'un colloque à Berlin.

• Le verdict des agences de notation redouté 

L'agence de notation Standard & Poor's doit se prononcer "aussitôt que possible" sur les notes AAA de quinze pays de la zone euro, placées sous surveillance négative le 5 décembre. Autre agence de notation, Moody's envisage aussi d'abaisser les notes souveraines des pays de l'Union européenne durant le premier trimestre 2012.

La perte du triple A reste donc une épée de Damoclès au-dessus de la tête des pays européens. Cette possibilité a suscité beaucoup de rumeurs sur les marchés jeudi matin, et créé un climat d"incertitude. Mercredi, l'euro a chuté sous 1,30 dollar, avant de repasser au dessus de ce seuil. Pourtant, les dirigeants européens cherchent à minimiser l'impact d'un abaissement par Standard & Poor's, la France en tête. 

Pour Xavier Timbeau, la dégradation des notes souveraines amènerait la nécessité de renégocier l'accord européen. "Il faut arriver à prendre des décisions fortes. Pour le moment, on n'en prend pas le chemin, détaille l'écomoniste de l'OFCE. Il n'y a pas d'échéance prévue pour apporter une solution durable." Comme pour lui répondre, le président de l'UE, Herman Van Rompuy, a annoncé jeudi après-midi que le prochain sommet européen abordera une nouvelle fois la crise de la dette. Il devrait se tenir d'ici début février.