Le résultat très attendu des élections législatives en Grèce n'a laissé aucun répit aux pays considérés comme les plus vulnérables de l'union monétaire, l'Espagne en tête. Les taux que doit payer le pays pour se financer à dix ans ont atteint un nouveau record, à plus de 7%, lundi 18 juin. En témoigne le graphique mis en ligne sur le site du quotidien El Pais (article en espagnol)

La Bourse de Madrid n'a connu, elle, qu'une embellie de courte durée, avant de plonger dans le rouge une heure après l'ouverture. Elle a terminé en forte baisse, cédant 2,96% à 6 519,9 points, emportée par les valeurs bancaires. Les banques espagnoles ont été les plus pénalisées : Santander a chuté de 4,57% à 4,696 euros, BBVA a perdu 4,21% à 5,03 euros et CaixaBank a reculé de 2,32% à 2,358 euros. Inquiète aussi sur la situation espagnole, Wall Street a ouvert en baisse lundi.

L'Espagne dans une zone de turbulences

"Le résultat des élections [législatives en Grèce] dissipe les inquiétudes à court terme. Nous avons gagné du temps, l'Union européenne a laissé ses problèmes derrière elle", relève Federico Steinberg, économiste à l'Institut Elcano à Madrid. Mais une fois écarté le scénario du pire, la quatrième économie de la zone euro n'en reste pas moins plongée dans de dangereuses turbulences. "L'économie espagnole connaît des problèmes importants, en particulier le manque d'accès au crédit et le chômage élevé", ajoute Federico Steinberg.

Autre signe inquiétant, le taux de créances douteuses des banques espagnoles, indice de leur vulnérabilité, a encore augmenté. Il s'agit principalement de crédits immobiliers susceptibles de ne pas être remboursés. Ils ont atteint en avril un nouveau record à 8,72%, soit 152,740 milliards d'euros.

Les marchés attendent des précisions sur la recapitalisation des banques

L'Espagne est confrontée à une pression extrême des marchés et a été contrainte de lancer le 9 juin un appel à l'aide pour ses banques, asphyxiées par leur exposition à l'immobilier. Mais le plan de sauvetage proposé n'a pas apaisé les esprits. Ses contours restent flous. Son montant pourrait atteindre 100 milliards d'euros, mais n'est pas précisément chiffré. Madrid, qui se défend de faire l'objet d'un "sauvetage", se retrouvera de fait sous étroite surveillance de l'Europe et du FMI. 

"La question de la recapitalisation des banques reste en suspens. Il reste beaucoup de choses à concrétiser, les délais, les coûts. C'est ce qu'attendent les marchés", relève Natalia Aguirre, analyste financière chez Renta 4. Pour chiffrer sa demande, l'Espagne attend un audit indépendant de son secteur bancaire, prévu cette semaine. La presse espagnole a estimé que les besoins des banques pourraient être évalués entre 60 et 65 milliards d'euros. Si l'Espagne prend les 100 milliards d'euros du prêt, cela reviendra à gonfler de dix points sa dette publique.

Le vice-président de la Commission européenne, Joaquin Almunia, a assuré lundi que l'Espagne n'aurait pas besoin de recevoir un plan d'aide complet de ses partenaires européens, au-delà du prêt accordé à ses banques. "Les portes des marchés lui sont ouvertes et vont le rester", a-t-il affirmé.