Pourquoi Moody's retire à son tour son triple A à la France

L'agence de notation a abaissé d'un cran la note de la dette de long terme de la France, comme l'avait déjà fait Standard & Poor's en janvier.

Après la France, Moody's a dégradé la note de la Grande-Bretagne, qui passe de Aaa à Aa1, le 22 février 2013.
Après la France, Moody's a dégradé la note de la Grande-Bretagne, qui passe de Aaa à Aa1, le 22 février 2013. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

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ECONOMIE - L'agence de notation Moody's a abaissé d'un cran, lundi 19 novembre, la note de la dette de long terme de la France, qui perd ainsi son précieux Aaa, meilleure distinction possible. C'est la deuxième dégradation de ce genre venant d'une grande agence d'évaluation financière internationale, après Standard & Poor's en janvier. Moody's a attribué à la France la note Aa1, assortie d'une perspective négative, ce qui signifie qu'elle pourrait à nouveau l'abaisser à moyen terme, selon un communiqué publié dans la soirée. Pourquoi une telle décision ? Francetv info liste les arguments de l'agence et la réponse du gouvernement français. 

Parce que la France est en perte de compétitivité

L'agence, qui menaçait d'abaisser la note française depuis février, a invoqué un "risque" qui plane sur la croissance économique du pays, et donc sur ses finances publiques, en raison de "multiples défis structurels", dont "une perte de compétitivité graduelle mais continue" et "des rigidités des marchés du travail, des biens et des services".

"Hormis des taxes et cotisations sociales élevées, le marché du travail français est caractérisé par un haut niveau de segmentation, résultat d'une législation très protectrice pour les CDI", note l'agence.

La réponse du gouvernement. Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a réagi en affirmant que la dégradation de Moody's sanctionnait "la gestion du passé". Selon lui, elle "incite" le gouvernement "à mettre en œuvre rapidement [ses] réformes". "Cela valide notre stratégie économique de restaurer notre compétitivité et de mettre en œuvre des réformes structurelles", a ajouté l'Elysée dans un communiqué. De son côté; Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement, assure mardi matin que "la France reste une valeur sûre".

Parce que les réformes annoncées sont insuffisantes

Si l'agence salue les récentes annonces du gouvernement et son "fort engagement" à les mettre en œuvre, elle note que la France a rarement réussi à faire aboutir de telles réformes ces vingt dernières années, et juge que les mesures promises aux entreprises dans le cadre du "pacte de compétitivité" n'ont pas "l'ampleur suffisante pour rétablir la compétitivité".

Selon Moody's, les perspectives budgétaires de la France sont donc "incertaines du fait de la dégradation de ses perspectives économiques, à la fois à court terme en raison d'une demande interne et externe morose, et à long terme en raison des rigidités structurelles précitées". L'agence de notation estime "que les hypothèses de croissance du PIB de 0,8% en 2013 et de 2% à compter de 2014 sont exagérément optimistes".  

La réponse du gouvernement. Selon Pierre Moscovici, pour échapper à une dégradation, "il aurait fallu une inversion de la courbe" de la dette publique de la France, "ce qui était impossible". Le gouvernement socialiste au pouvoir depuis mai mise sur 2014 pour voir un début de reflux de la dette publique, qui devrait atteindre l'an prochain le niveau record de 91,3 % du produit intérieur brut (PIB). Le ministre soutient que les réformes sont "résolument" engagées par le gouvernement : "Maîtrise des comptes publics, pacte national pour la compétitivité, la croissance et l'emploi ainsi que la négociation en cours sur le marché du travail." 

Parce que la France est trop exposée à la crise de la zone euro

"La capacité à prévoir la résistance de la France à de futurs chocs au sein de la zone euro se réduit au gré de la montée des risques qui entourent la croissance", estime Moody's. Selon l'agence, l'exposition de la France aux pays européens les plus fragiles (Grèce, Espagne, Portugal...), "à travers ses liens commerciaux et son système bancaire, est disproportionnée" et "ses obligations de soutien vis-à-vis des autres membres de la zone euro se sont accrues".

Et contrairement à d'autres pays non membres de la zone euro qui disposent de notes aussi élevées, l'Hexagone "ne bénéficie pas d'un accès à une banque centrale nationale qui puisse financer sa dette en cas de perturbation des marchés", signale Moody's. 

La réponse du gouvernement. Pierre Moscovici relativise, au final, cette abaissement de la note de la France, tout en insistant sur la nécessité "d'obtenir la stabilité de la zone euro". "Moody's nous donne maintenant la même note que Standard & Poor's, qui nous a permis de vivre avec des taux d'intérêt bas depuis déjà de très longs mois et la note reste la plus élevée après 'le triple A'". Soulignant la solidité du secteur bancaire français, il  insiste : "L'économie française est large et diversifiée" et "la dette française demeure parmi les plus liquides et les plus sûres de la zone euro".