Rangez les bazookas et les chars Leclerc, cette année, le plus grand salon de l'armement, qui s'est ouvert lundi 11 juin à Villepinte, vise un nouveau public : les entreprises férues de sécurité.

Ces services proposés aux civils n'ont pas grand chose à voir avec les armes de guerre, soumises à des autorisations complexes. Toujours est-il que les connexions sont nombreuses et que le salon Eurosatory, 1400 exposants, 53 pays représentés et 55 000 visiteurs, a bien l'intention de les exploiter. 

Un nouveau marché lucratif

Dans une économie de la défense bouleversée par la crise financière, les industriels observent ce nouveau marché avec beaucoup d'intérêt. A Eurosatory, 560 exposants, soit 40% d’entre eux, ont déclaré être acteurs du domaine de la sécurité.

Le commissaire général de l’exposition, Patrick Colas des Francs observe : "On voit arriver de plus en plus d'équipes d’ingénieurs travaillant pour des chaînes d’hôtel, des sociétés de transports, des clubs de vacances. Ils viennent chercher des solutions de sécurité auprès des industriels de la défense."

Parmi les clientèles visées : les sociétés de sécurité privées. En plein essor, elles sont présentes à Eurosatory pour la première fois, et les regards se portent surtout vers les pays émergents. La Chine, le Mexique, les Emirats arabes unis : ce sont eux qui bâtissent des infrastructures modernes, avec les systèmes de sécurité qui vont avec. 

L'équipement de guerre : de l'armée au civil

Prenons la star du salon : la Millicam90, une caméra capable de "voir à travers les murs". C'est un outil militaire, mais surtout une technologie qui pourrait être utilisée dans le civil. Par exemple, pour voir à travers les bagages à l'aéroport. Autrement dit, une mine d'or. 

"Il est évident qu’un industriel qui fabrique des caméras pour l’armée est tout à fait capable de fournir des caméras pour le civil ! La différence, c’est que lorsqu'on vend des caméras aux armées, c’est un marché de 60 ou 70 caméras, alors que quand on vend des caméras pour une société de transports en commun, c’est un marché de 2 000 ou 4 000 caméras", explique Patrick Colas des Francs.

Une fois dans le civil, les applications vendues n'ont souvent plus rien à voir avec l'armement. Un émetteur élaboré pour l'armée peut servir à diffuser un message vocal dans un train. Les équipements militaires peuvent se décliner en équipement de sécurité civile : portique, détecteur de métaux, gilet pare-balle. Un système de communication se transformera en talkies-walkies pour agents de sécurité sur un stade.

De nouveaux clients très discrets

Un exemple pour comprendre ce marché : une société lance un chantier dans une zone à risques, les responsables du chantiers ont besoin de protection, la zone est hostile. Pour les protéger, la société va faire appel à des "gardes du corps" qu'il faudra équiper à la mesure du danger. La demande serait très forte, notamment dans les secteurs de la sécurité maritime, l’escorte, la protection des sites pétroliers, ou plus simplement pour les activités de soutien aux armées traditionnelles.

Grandes entreprises de transports, chaînes d'hôtel, infrastructures sportives, sociétés de sécurité privée... Difficile d'en savoir plus sur ces nouveaux clients, qui se font encore plus discrets que les militaires. Au milieu des armements de pointes, des hommes d'affaires avertis et des délégations gouvernementales, les clients venus du privé font profil bas. Faire appel à des entreprises de défense, oui. Mais s'afficher fièrement au salon de l'armement, pas encore.