Voitures diesel : les nouveaux tests anti-pollution vont d'abord entraîner une "opacité peut-être plus grande"

Bernard Jullien, fondateur du cabinet FERIA spécialisé dans l'industrie automobile, a analysé pour franceinfo vendredi les conséquences des nouveaux tests d'émissions de gaz pour les voitures diesel. 

Test d\'émission sur un pot d\'échappement d\'une voiture Volkswagen le 7 août 2017 en Allemagne. 
Test d'émission sur un pot d'échappement d'une voiture Volkswagen le 7 août 2017 en Allemagne.  (THOMAS KIENZLE / AFP)
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Bernard Jullien, fondateur du cabinet FERIA spécialisé dans l'industrie automobile, a assuré sur franceinfo vendredi 1 septembre que les tests d'homologation plus sévères pour les voitures neuves vont "indéniablement dans le bon sens". D'après l'économiste, les constructeurs européens ont "envie de jouer le jeu", mais dans un premier temps, il y aura selon lui une "opacité peut-être plus grande" pour les clients.

franceinfo : que vont changer les nouveaux tests d'homologation pour voiture neuve, mis en place vendredi 1 septembre ?

Bernard Jullien : L'idée est de resserrer les tolérances. Néanmoins, le reflet des conditions réelles d'utilisation est une espèce de graal, qui est un peu hors d'atteinte. Pour que tout cela soit comparable, il faut quand même privilégier des processus qui sont extrêmement standardisés et qui pourront toujours être présentés comme ne représentant pas la réalité. Il n'en reste pas moins que les grandes fenêtres d'erreur sont en train d'être réduites ou supprimées. On a des vitesses de pointe plus fortes, des véhicules qui sont beaucoup moins stationnaires. Tout ceci va indéniablement dans le bon sens. Il y a là un vrai cap entre ce que l'opinion souhaiterait et ce qui techniquement est possible, dans le cadre de ces procédures d'homologation. Pendant un temps, cela va être encore plus compliqué que cela ne l'était. On va avoir une comparaison entre le cycle auquel étaient soumis les vehicules quand ils ont été homologués il y a quelques années, et puis celui auquel ils seraient soumis aujourd'hui. Pendant quelques temps, quelques mois, on va avoir une opacité peut-être encore plus grande que ce qu'on avait jusqu'ici.

Les constructeurs sont-ils prêts à jouer le jeu ?

Ils semblent avoir envie de jouer le jeu. La procédure qui est aujourd'hui en train d'être mise en vigueur en Europe devait être mondiale. Et puis on s'aperçoit que les Chinois et les Américains ne veulent pas rentrer. Donc tout ceci est extrêmement lourd d'enjeux sur le plan économique et sur le plan politique. On n'a pas fini d'entendre parler de ces tests et des différentes lacunes qu'ils continueront d'avoir. Les résultats qui vont sortir vont être moins flatteurs que ne l'étaient ceux de l'ancienne norme. Les constructeurs s'y sont préparés. Ils ont demandé à ce qu'on intègre cela et qu'on communique autour de cela. Ensuite, évidemment, il va y avoir des diesel qui vont être moins bons que les essence. Il va y avoir toute une série d'éléments qu'il va falloir gérer commercialement. Cela rentre dans un contexte où les constructeurs sont déjà en train de "dé-dieseliser" leur offre commerciale. Donc tout ceci, finalement, même si cela énerve beaucoup les spécialistes de l'environnement, est plutôt co-géré ou géré de manière proactive entre les autorités et les constructeurs.

Le scandale Volkswagen, révélé en septembre 2015, a montré que les constructeurs pouvaient contourner les tests. Ne faudrait-il pas instaurer un gendarme européen pour garantir la fiabilité des homologations ?

Toutes les options vont être prises en compte. Les constructeurs vont déclarer des valeurs. Ensuite, les autorités vont venir vérifier que les valeurs annoncées sont bien celles qui sont effectives. On change de manière de nouer des relations entre l'autorité et le constructeur. Cela veut dire que les conducteurs sont tenus d'être beaucoup plus vigilants qu'ils ne l'étaient par le passé. Tout ceci, évidemment, porte les traces de l'affaire Volskwagen, et indique que ce que n'auraient pas voulu les constructeurs avant l'affaire, ils ont été obligés de l'accepter dans l'année qui vient de s'écouler.