Un rapport du CNRS de 1997 s'interrogeait déjà sur les effets du diesel sur la santé

Le texte a été enterré, explique "Le Monde", qui a pu consulter une copie du document.

Un rapport du CNRS sur les effets du diesel sur la santé a été enterré en 1997, rapporte \"Le Monde\", le 30 mars 2016.
Un rapport du CNRS sur les effets du diesel sur la santé a été enterré en 1997, rapporte "Le Monde", le 30 mars 2016. (JULIAN STRATENSCHULTE / DPA / AFP)
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Le document, long de 245 pages, dormait dans un dépôt d'archives à Gif-sur-Yvette (Essonne). A l'automne 1997, une quarantaine de chercheurs français bouclaient une expertise collective du CNRS intitulée "Diesel et santé", jamais diffusée dans son intégralité, révèle Le Monde, mercredi 30 mars.

Dans cette étude, les scientifiques restaient prudents. A l'époque, il était "illusoire" de quantifier l'effet du diesel sur les taux de cancer du poumon de l'humain, explique le journal. "Mais il y avait clairement une alerte", précise l'un des auteurs, sous le couvert de l'anonymat, au quotidien.

"L’action mutagène et génotoxique [qui peut provoquer des dommages à l’ADN] des émissions diesel a été démontrée in vitro, peut-on lire dans le document. A long terme, chez le rat, [elles] induisent la formation de tumeurs pulmonaires. Il semble que les particules soient plus particulièrement responsables de cette carcinogénèse."

De nombreuses études épidémiologiques suggèrent qu’une exposition à long terme pourrait participer (...) certes faiblement, à la cancérogénèse.

Rapport "Diesel et santé" du CNRS

cité par "Le Monde"

A l'époque directeur du département des sciences de la vie du CNRS, Pierre Tambourin raconte avoir présenté les principales conclusions du rapport en comité de direction. "Je me souviens de réactions assez négatives, se remémore-t-il. Le rapport impliquait que les véhicules diesel soient tous équipées de filtres. Or à l’époque cette solution était économiquement viable pour les gros véhicules, pas pour les véhicules particuliers. Certains ont vu ce rapport comme une menace pour notre industrie automobile."

Un simple communiqué de presse

La directrice générale du CNRS à ce moment-là, Catherine Bréchignac, assure avoir transmis le rapport à son autorité de tutelle, le ministère de la Recherche, occupé alors par Claude Allègre, sans obtenir de réponse. "De guerre lasse, j’ai fait ce que je devais et pouvais faire : nous avons publié un communiqué de presse, sans publier le rapport, qui était toutefois consultable au CNRS", explique-t-elle.

Le communiqué, diffusé le 27 août 1998, est passé inaperçu, explique Le Monde. Le texte mettait l'accent sur les incertitudes à l'issue des travaux, en évoquant "la complexité de l’analyse de la pollution imputable spécifiquement aux véhicules diesel". Il annonçait aussi la création d'un groupe de travail autour de PSA, Renault, Total, Elf, du CNRS ou encore l'Inserm. Sollicité par le journal, aucun de ces deux derniers organismes n'a retrouvé la moindre trace de son existence.