POLITIQUE - Les dossiers s’amoncellent devant la porte de son ministère du Redressement productif ? Qu’à cela ne tienne, invité de France Inter jeudi 13 septembre, Arnaud Montebourg voit son portefeuille au nom original comme "un défi et un hommage qui [lui] a été fait". Et il y met le style. De déclarations tonitruantes en activisme affiché, pas question pour lui de laisser s’éteindre la flamme allumée durant la primaire à l’automne 2011. Quitte à prendre quelques virages tel un skieur confirmé, souple sur ses genoux.     

Le dossier PSA

Tout schuss. Pas l’ombre d’un doute. Quand le groupe PSA Peugeot Citroën annonce, le 12 juillet, un plan de restructuration avec 8 000 suppressions de postes en France à la clef, Arnaud Montebourg monte au créneau. Et montre qu'il n'est pas d’accord. "Nous n'acceptons pas en l'état le plan", déclare-t-il devant le Sénat avant d’en remettre une couche dans le "20 heures" de France 2, dont il est l’invité : "Nous allons demander à PSA d'abord de justifier la situation qui est celle-ci, et ensuite d'ouvrir un dialogue social que le Premier ministre a exigé comme étant exemplaire."

La godille. Son intransigeance fait tousser ? Il se défend tant bien que mal. Dans une interview accordée à Libération (article abonné), il tente de calmer le jeu : "J’ai personnellement une histoire affective avec cette marque, comme beaucoup de Français (…), nous devons comprendre ce qui s'est passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs."  Mais point trop n'en faut : "Le seul risque que je connaisse, en politique, c’est de ne rien faire et de se taire. Ma méthode, c’est la négociation franche."

Le planté du bâton. Quasi retourné acrobatique. La publication, mardi 11 septembre, du rapport qu’il avait commandé sur la situation stratégique et financière du constructeur automobile lui permet un revirement. L’expert Emmanuel Sartorius juge la restructuration "inévitable". Le ministre lui emboîte le pas.

Le sapin. Tollé général. "Monsieur Montebourg nous avait dit avant l'été :  'je vais tout casser, tout empêcher, c'est inadmissible'. (…) Aujourd'hui il nous dit : 'calmez-vous, soyez raisonnables' ", assène, parmi d'autres, François Chérèque, secrétaire général de la CFTD sur France Info.

Le grand chasse-neige. Nouveau changement d'appuis, Arnaud Montebourg appelle à "renégocier, reformater et réduire le plan social" du groupe automobile qui "devra être strictement proportionné à la situation réelle du groupe pour limiter les conséquences négatives sur l'emploi". Puis il enfile à nouveau le bonnet fermeté jeudi 13 au matin, sur France Inter. "La bataille ne fait que commencer", temporise-t-il avant d'annoncer que le plan ne lui convient toujours pas "en l’état". Il réclame le "rétrécissement de son ampleur". Martelant même, petites fiches à l’appui, le parallèle entre "ce que j’ai dit en juillet" et "ce que je dis maintenant".

Le cas Lazard

Tout schuss. Ni une, ni deux. Quand Le Nouvel Observateur révèle le choix de Bercy de confier à la banque d'affaires Lazard France, dirigée par Matthieu Pigasse, le soin de conseiller le gouvernement lors de la création de la future Banque publique d'investissement (BPI), Arnaud Montebourg la joue "droit dans ses boots".  Sa compagne, la journaliste Audrey Pulvar, est bien employée par le groupe de Pigasse, mais "sur ce dossier comme sur tous les autres, le ministre rappelle son attachement à toujours agir dans la plus grande transparence et au nom des intérêts de la France. Et de tweeter, sans prendre de moufles : " Nouvel Obs. Ces informations sont fausses et les rumeurs désobligeantes. Elles doivent être démenties immédiatement."

La godille. La situation fait tache et l’UMP s’en empare. Le premier recul vient de son entourage à Bercy : "Il n'y a rien d'extraordinaire (…) La politique de l'Etat, c'est de faire tourner les mandats pour que ce ne soit pas toujours les mêmes banques qui interviennent." Tout en précisant, au cas où, que la décision avait été prise par Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances, et non Arnaud Montebourg.

Le planté du bâton. Sentant la polémique enfler, Arnaud Montebourg change de ton. A l’issue de son intervention devant l'université du Medef, vendredi 31 août, il attaque Pierre Moscovici, son homologue à l’Economie. Le choix de la banque Lazard est "une très mauvaise idée", réplique-t-il, la décision "ce n'est pas [lui] qui l'a prise (…) Vous comprenez que je ne suis pas très content." Lui qui disputait à son voisin de ministère la paternité de l’institution affirme même "ne pas avoir été informé de ce choix [qu’il] regrette". Et reprend cette ligne de défense le 10 septembre, comme le rappelle Le Point.fr. Moscovici reste seul en piste, et pour lui, la banque Lazard avait "la meilleure" des quatre offres présentées.

Le sapin. L’information révélée par Le Point, jeudi 13 septembre, relance la polémique. Quinze jours après l’embauche de sa compagne aux Inrocks et quinze jours avant le résultat de l’appel d’offre concernant la Banque publique d'investissement, le ministre a bien rencontré Mathieu Pigasse et un autre banquier de Lazard, à Bercy. 

Le grand chasse-neige. Interrogé sur le sujet par un auditeur de France Inter, Arnaud Montebourg botte en touche : "Il n'y a aucun dévoilement, aucun élément nouveau." La BPI n'y a pas été évoquée ? "Non, j'aurais aimé que ce fut le cas car je m'y serai intéressé."  "Monsieur Redressement avait assuré ne jamais avoir rencontré Pigasse avant l'embauche de Madame Rock'n'roll. Il n'avait pas parlé d'après", souligne Arrêt sur images