Areva aurait caché des informations à l'Etat lors de l'acquisition d'Uramin en 2007

Le quotidien "Libération" évoque deux documents faisant part de lourdes réserves sur le bien-fondé de l'opération, qui s'est avérée un fiasco. Mais selon le quotidien, ces données n'ont jamais été transmises à l'Agence de participation de l'Etat.

Un forage réalisé par le groupe Areva en Namibie, en mai 2012, après le rachat du groupe Uramin.
Un forage réalisé par le groupe Areva en Namibie, en mai 2012, après le rachat du groupe Uramin. (COLIN MATTHIEU / HEMIS.FR / AFP)

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Le groupe Areva a menti à l'Etat lors du rachat d'Uramin en 2007, selon les informations de Libération, mercredi 10 février. A l'époque, le géant français dirigé par Anne Lauvergeon débourse 1,8 milliard d'euros pour s'offrir cette compagnie d'exploration minière, qui détient trois gisements d'uranium en Afrique. L'opération est jugée prometteuse ; elle va s'avérer un fiasco. Si désastreuse, même, que la justice soupçonne désormais une escroquerie. A ce titre, son ancienne patronne Anne Lauvergeon a même été entendue par la Brigade financière, en décembre dernier.

Des réserves techniques jamais transmises à l'Etat

L'Agence de participation de l'Etat – dont l'aval est obligatoire – avait d'abord affiché ses réserves, le 5 mai 2007, car elle regrettait l'insuffisance des données techniques pour évaluer l'opération. Trois semaines plus tard, pourtant, elle avait produit une nouvelle note nettement plus enthousiaste, et l'affaire avait été conclue dans la foulée. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce qu'Areva a menti à l'Etat, en lui cachant des données importantes, selon Libération.

Le quotidien cite deux documents retrouvés lors d'une perquisition au domicile de Daniel Wouters, recruté par le groupe Areva pour diriger l'acquisition d'Uramin. Ces avis ne sont guère enthousiastes sur le bien-fondé d'un rachat, notamment car il existe des risques sur la nature des réserves. Le hic, c'est qu'ils n'ont jamais été transmis à l'APE. Sous couvert d'anonymat, un ancien cadre de Bercy reconnaît aujourd'hui que l'Agence n'aurait jamais donné son accord au rachat, s'il avait eu accès à ces documents.

Ce ne sont pas les premières accusations du genre. En 2014, le député Marc Goua, déjà, avait estimé que l'APE avait été bernée dans le dossier, comme l'évoquait ce document de l'émission Pièces à conviction, et notamment via le rapport de présentation d'Uramin. Selon l'élu, il avait été épuré et vidé de tous les éléments défavorables avant la signature. Le manque d'expérience de la petite société canadienne dans le domaine de l'uranium et l'absence d'infrastructure avaient tout notamment disparu.

Des rôles et des responsabilités qui restent à éclaircir

Autre élément troublant, ledit Daniel Wouters aurait été lié financièrement à la société Uramin, poursuit Libération. En effet, deux actionnaires d'Uramin figureraient également au capital d'une société créée en 2003 par Daniel Wouters, via deux sociétés. Cette situation nourrit les soupçons de conflit d'intérêts.

Dans une note datée de juillet 2015, la cellule antiblanchiment de Bercy évoque enfin "des flux atypiques" sur des comptes détenus par Olivier Fric, le mari d'Anne Lauvergeon. Selon Libération, il faut vérifier si ces flux peuvent "être constitutifs d'un délit d'initiés en lien avec le rachat d'Uramin". En effet, de nombreux documents confidentiels sur l'affaire auraient été découverts lors d'une perquisition menée dans son bureau. Une enquête est toujours en cours, menée par les juges du pôle financier.