Marine Le Pen a-t-elle quelque chose à gagner, ou à perdre, en évitant la confrontation avec Jean-Luc Mélenchon ? La candidate du Front national, invitée jeudi 23 février de l’émission politique "Des paroles et des actes" sur France 2, a fait savoir à plusieurs reprises qu’elle refusait catégoriquement de débattre avec le leader du Front de gauche

Sursaut d’orgueil ou vraie stratégie politique, FTVi a examiné les possibles raisons de ce refus.

Eviter le "match de boxe" avec Mélenchon

"Chauve-souris", "semi-démente"… Jean-Luc Mélenchon n’a pas eu que des mots doux à l’encontre de la candidate du FN depuis le début de la campagne présidentielle. Et Marine Le Pen - qui l’a qualifié d'"insulteur public" et d'"idiot utile" - invoque sa virulence comme une raison de refuser de débattre avec lui. "Jean-Luc Mélenchon n’est pas un débatteur républicain, renchérit Florian Philippot, le directeur de campagne de la candidate. Il l’a traitée de semi-démente, alors s’il souhaite encore argumenter avec elle, là ça relève de la psychiatrie."

De son côté, le Front de gauche dénonce une stratégie d’évitement. "L’histoire des insultes, c’est un prétexte !" s’esclaffe Eric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche et conseiller politique de Mélenchon. Pour lui, la candidate "a peur de Jean-Luc et n’a pas envie de l’affronter".

Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l’extrême droite, estime que si elle persiste à refuser la rencontre avec le leader du Front de gauche, "c’est qu’elle a aussi sûrement le sentiment qu’une majorité de spectateurs vont regarder le débat pour y voir un match de boxe".

La candidate FN a récemment accusé France Télévisions de strictement vouloir "faire le spectacle" en organisant ce débat.

Ne pas se confronter à un concurrent direct ?

On pourrait croire que Marine Le Pen refuse l'affrontement car elle craint que Jean-Luc Mélenchon ne lui vole des voix. Les deux candidats "anti-système" ont maintes fois été assimilés. Mais ne nous y trompons pas : leur électorat n'est pas le même. Comme le relève Jean-Yves Camus, Mélenchon est plus populaire chez les professions intermédiaires et les classes moyennes, alors que la présidente du FN "cristallise un vote contestataire, très présent dans les milieux populaires", et séduit davantage chez les ouvriers. "Si Jean-Luc Mélenchon aspire à reprendre des électeurs à Marine Le Pen, cela ne peut se faire qu'à la marge", analyse Jean-Yves Camus. Pour lui, seules des personnes qui hésitent encore à voter Le Pen peuvent potentiellement basculer du côté de Mélenchon. 

Débattre avec l’UMP ou le PS pour se hisser à leur hauteur

Pour l'élue frontiste, c’est l’UMP ou le PS, sinon rien. Elle n’en démord pas et réclame depuis plusieurs jours qu’on lui oppose des membres de ces deux partis. Ces derniers, dont les candidats sont en tête dans les sondages, sont la cible privilégiée de l’élue nordiste. Elle a fait son antienne de la dénonciation du "système" tenu depuis des années par les deux principales formations politiques. 



Florian Philippot invoque de son côté une "logique de niveau" pour justifier la non-tenue du débat Le Pen-Mélenchon. Il explique que sa candidate étant "dans le trio de tête des intentions de vote, ça a plus d’intérêt de débattre avec quelqu’un de son niveau". Un sondage OpinionWay paru mercredi donne François Hollande à 29% d'intentions de vote au premier tour, talonné par Nicolas Sarkozy à 27%. Marine Le Pen arrive en troisième position avec 16,5%, quand Mélenchon arrive cinquième avec 8%.

Pour Jean-Yves Camus, Marine Le Pen est dans une stratégie de "crédibilisation de sa candidature", car sa campagne connaît un ralentissement. Il est dans son intérêt de débattre avec les partis des deux candidats les mieux placés pour relancer sa progression et "espérer se hisser à leur hauteur", voire prendre leur place au second tour.