Attendu au tournant. Après une première étape réussie au Bourget et la présentation de ses "60 engagements pour la France" dans la matinée, François Hollande était l’invité de l’émission politique de France 2 "Des paroles et des actes" jeudi 26 janvier. L’occasion d’assurer le service après-vente de son programme et d’affronter Alain Juppé. Le ministre des Affaires étrangères, choisi par l’UMP pour affronter le socialiste, est la troisième personnalité politique préférée des Français derrière François Bayrou et François Hollande, selon le dernier baromètre Ipsos-Le Point.

Voici ce que vous pouvez retenir de cette intervention.

Le mot

"Arrogant". Dès le début, c'est l'angle d'attaque qu'a choisi Alain Juppé, accusant François Hollande d'y "être déjà" [à l'Elysée]. Mais, très vite, les deux hommes se renvoient l'attaque. "L'arrogance encore ! Je pense que chacun a à faire son examen de conscience", sourit Hollande, qui poursuit : "Je ne suis pas encore guéri, mais vous avez des rechutes possibles !"

( France 2)

Une joute du même ordre s'organise autour du terme "caricatural". Alain Juppé : "Ne soyez pas caricatural, vous pouvez l'être." François Hollande : "Ne soyez pas caricatural vous-même, vous pouvez y parvenir, j'en suis sûr !" 

( France 2)

Bref, c'est celui qui dit qui y est ! Twitter ne s'y est pas trompé. 

• Le flop

S'il a bien réussi quelques sorties et piques, François Hollande, connu en privé pour son humour, a entamé l'émission sur une blague tombée à l'eau "autour de la mayonnaise qu'il ne faut pas laisser tomber".

(FTVi)

L’attitude

Le rassemblement ! Posé, sérieux, légèrement penché vers l'avant, François Hollande l'a répété à de nombreuses reprises. "C'est important de trancher, mais il faut unir", "Je n'ai de comptes à régler avec personne""Je suis candidat pour rassembler", a-t-il martelé.

(FTVi)

Point par point, le candidat est aussi revenu sur le programme qu'il avait présenté dans la matinée et sur son financement, mais sans faire de nouvelles annonces ou donner de précisions particulières.

• La stratégie

Ne surtout pas prononcer le nom de Nicolas Sarkozy. Sur la première partie de l'émission, tout est bon pour ne pas l'attaquer nommément : "Vous voyez de qui je veux parler", "lui", "certains", "d'autres"

Tant et si bien que David Pujadas finit par lui demander pourquoi. La réponse est sans appel, quasi préparée : "Parce que je veux parler d'avenir, le passé ne m'intéresse pas." Finalement, cela donne même lieu à un petit jeu de "Jacques a dit" avec Alain Juppé, fier de piéger le socialiste.

(FTVi)

L’attaque

Décidé à ne rien laisser passer, Alain Juppé accuse François Hollande de manquer de clarté. "Je n'ai rien compris à votre programme fiscal et économique", lance-t-il d'emblée.

(FTVi)

Sur le fond, Alain Juppé a notamment décidé d'attaquer François Hollande sur la croissance, un des axes forts du programme du socialiste, sans jamais vraiment réussir à le faire céder. Le ministre a aussi focalisé le débat sur les questions économiques, accusant Hollande de faire "comme s'il n'y avait pas eu la crise la plus grave" que la France ait connue.

• Le temps fort

Difficile d'isoler un moment saillant dans une émission majoritairement économique, sérieuse et technique. Même dans leur duel, quand ils ne parlaient pas en même temps, Alain Juppé et François Hollande ont cité de nombreux chiffres, s'arrêtant sur des détails. Leur échange reste néanmoins le temps fort de l'émission. 

L'avis de Gilles Bornstein, rédacteur en chef de l'émission

"C'est une émission réussie, où il n'y a pas eu de temps mort. On attendait un débat avec Alain Juppé, il a eu lieu, sérieux et digne. On s'y attendait puisque, bien que ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé avait choisi le sujet de l'économie. Je distinguerais deux temps forts : lorsque Hollande a attaqué Juppé sur sa gestion de Matignon en 1995, où on a senti l'ex-Premier ministre se raidir. Et le débat sur l'Europe, qui est resté courtois, mais où l'on sentait une grande fermeté. 

Quant à François Hollande, je l'ai trouvé un peu en retenue. Notamment lors de la première partie, où l'on sentait qu'il ne voulait pas trop se dévoiler. Sinon, il était sérieux, appliqué et dense, comme il s'affiche depuis un moment déjà."