Qui dit été dit moustiques, mais à quoi servent-ils ?

Francetv info s'est demandé si ces être vivants mal aimés avaient vraiment une raison d'être sur Terre. 

Un moustique est présenté dans un contenant en plastique par la chercheuse allemande Iris Kroeger, à Leipzig (Allemagne), le 10 juillet 2013. 
Un moustique est présenté dans un contenant en plastique par la chercheuse allemande Iris Kroeger, à Leipzig (Allemagne), le 10 juillet 2013.  (TOBIAS SCHWARZ / REUTERS)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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Pourrir notre existence n'est qu'une facette de la mission complexe du moustique sur Terre. En nous piquant pour nourrir (avec notre sang !) sa future progéniture, la femelle moustique figure parmi les créatures les plus détestées de la surface du globe.  

Après les fortes pluies de juin, la chaleur s'abat enfin sur la France mi-juillet. Et dans ces conditions de prolifération idéales, les moustiques constituent le revers de la médaille. Francetv info s'est demandé ce que pouvaient bien faire parmi nous ces insectes, tantôt "gênants", tantôt meurtriers. C'est vrai, ça, à part nous dévorer, que font les moustiques ?

Ils sont acteurs à part entière des écosystèmes (ou presque)

Que l'homme piqué se rassure, le moustique constitue aussi une proie de choix. "Les larves servent de nourriture à de nombreux insectes, tandis que des espèces, comme les oiseaux par exemple, se nourrissent à leur tour des moustiques", explique Mathieu de Flores, entomologiste à l'Office pour les insectes et leur environnement (Opie), contacté par francetv info. Ils sont même les grands perdants de la chaîne alimentaire : sous l'eau, les larves se nourrissent de microscopiques organismes, avant de servir d’en-cas à leur tour, aux poissons et autres libellules. Et à l’état adulte, le moustique nourrit de sympathiques bestioles telles que les araignées et les chauves-souris.

Cependant, selon un article de la revue américaine Nature (en anglais), traduit en 2010 par Courrier international, les spécialistes sont divisés sur le caractère irremplaçable du moustique dans son écosystème. Ainsi, la toundra arctique, qui s'étend du nord du Canada à la Russie, est envahie chaque été par d'impressionnants nuages bourdonnants. Mais le nombre d'oiseaux migratoires serait divisé par deux si les moustiques disparaissaient, estime l'entomologiste américain Bruce Harrison, cité par la revue. A l'inverse, la biologiste Cathy Curby explique que les moustiques ne se trouvent pas en quantité significative dans l'estomac de ces oiseaux. Ils trouveraient donc facilement de quoi compenser la disparition de cet en-cas, explique-t-elle. 

Ils sont des petits pollinisateurs

Si les femelles ont besoin de sang pour leurs futurs petits, les mâles participent davantage à la pollinisation. "Ils butinent les fleurs car ils ont besoin d'énergie, et ils la puisent dans le sucre", explique Mathieu de Flores. Mais là aussi, le suivi des insectes pollinisateurs révèle que leur participation à ce phénomène est moindre comparée aux autres diptères (insecte à deux ailes), y compris les mouches. Décidément, le moustique serait-il l'espèce la plus fainéante de son écosystème, contribuant sans conviction à l'harmonie de la nature ? Les amateurs de chocolat ne sont pas de cet avis : le moustique participe en effet activement à la pollinisation du cacaoyer. Ce n'est pas rien, non ? 

"Quand une espèce est présente dans un milieu, dans un écosystème, la question de son rôle est toujours complexe, note l'entomologiste. La vraie question, ce n'est pas tant celle de l'utilité ou du rôle des moustiques, qui sont là depuis plusieurs millions d'années, mais plutôt : 'est-ce que leur présence pose des problèmes sanitaires ?'. Et si oui, 'comment lutter contre ces problèmes ?'", résume le spécialiste.  

Ils font leur sale boulot de prédateurs

Selon l'Institut océanographique Fondation Albert-Ier-Prince-de-Monaco, qui défend notamment les requins, les moustiques tuent 80 000 fois plus que les dents de la mer. Ils déciment des populations en propageant, de piqûres en piqûres, des maladies telles que le paludisme (en 2010, il a causé environ 660 000 décès -sur 247 millions de personnes contaminées -, pour la plupart des enfants africains, selon l'Oganisation mondiale de la santé), la dengue (maladie "ré-émergente", note l'Institut Pasteur, alors que 500 000 personnes par an souffriraient de sa forme la plus dangereuse, mortelle dans 20% des cas), ou encore le chikungunya (pendant l'épidémie qui a frappé l'île de la Réunion, en 2006, l'Institut national de veille sanitaire a estimé le taux de létalité à 1 cas sur 1 000). 

"Avant même la présence des hommes sur Terre, les moustiques ont contribué à réguler les populations de grands mammifères, explique Mathieu de Flores. C'est terrible, mais pour l'humain, c'est aussi une réalité", constate le spécialiste, pour qui ce phénomène illustre dramatiquement l'emprise de la nature sur des humains qui "se considèrent coupés de la nature". Des hécatombes pour freiner la surpopulation mondiale ? "Pour l'homme, cette idée est bien sûr insupportable", relève-t-il. Et pour cause, l'OMS a rappelé en mars qu'en Afrique, en 2010, un enfant mourait toutes les minutes. 

Mathieu de Flores voit dans cette réalité un défi sanitaire. "Il existe de nombreuses recherches sur le paludisme, même si elles restent insuffisantes. Comme c'est une maladie qui touche des pays en développement, les montants investis ne sont hélas pas faramineux", déplore le spécialiste des insectes. Quant à l'extermination des moustiques : "Cela pose question, ne serait-ce que d'un point de vue philosophique et intellectuel." 

Mais en France métropolitaine, il ne sont (pour l'instant) qu'une nuisance

Pourtant, la majorité d'entre eux sont inoffensifs. Sur 3 500 espèces de moustiques réparties sur le globe, environ 200 s'attaquent aux humains. "Ceux que l'on observe dans la partie Nord de la France ne véhiculent pas de maladie", poursuit Mathieu De Flores. A part des piqûres qui démangent et de (très) mauvaises nuits à se gifler au moindre "zzzZZZzzzzZZ", ils ne posent pas de problème sanitaire. 

En revanche, "dans le Sud du pays, on surveille beaucoup le moustique tigre (Aedes albopictus), capable de propager la dengue et le chikungunya". L'espèce est arrivée d'Asie avec les voyageurs, "notamment via les aéroports", explique l'entomologiste. Mais si le moustique tigre est désormais présent dans 17 départements, les quelques cas de maladies développées dans l'Hexagone (dit "cas autochtones") sont rarissimes, rappelle le site Vigilance-moustiques. Comprendre : quand un métropolitain développe la dengue, il l'a vraisemblablement attrapée dans un pays étranger ou un département d'outre-mer.

Quant aux personnes dévorées sous la toile de tente, vous n'êtes pas victime du hasard. Selon un article publié par le Smithonian institute (lien en anglais), 20% des gens bénéficient d'un sang "absolument délicieux". Si vous êtes une femme enceinte, un individu de groupe sanguin O, que vous transpirez pas mal ou que vous buvez de la bière, vous avez toutes les chances d'attirer les moustiques comme des mouches.