La médecine progresse à coups de recherches mais aussi d’erreurs ou de hasard. La "guérison" probable d’un patient porteur du virus du sida à la suite d'une greffe de moelle osseuse a donné beaucoup d’idées aux chercheurs, comme on a pu le constater à Atlanta, mercredi 6 mars, dernier jour de la Conférence sur les rétrovirus (CROI). 

Petit rappel : un homme porteur du virus du sida développe une leucémie. Il vit à Berlin et les médecins décident de lui faire une greffe de moelle osseuse. Chimiothérapie pour éliminer les cellules de sa propre moelle osseuse puis transfusion des cellules du donneur. Et au détours de ce geste, la surprise ! Plus de trace du virus VIH.

Ce mystère sera éclairci quelques mois plus tard : le donneur avait une mutation génétique qui modifie un récepteur situé sur ses globules blancs. Ce récepteur appelé CCR5 est utilisé par la majorité des virus VIH pour entrer dans les cellules, s’y reproduire et les tuer. Si la porte d’entrée n’est pas conforme, le virus n’entre pas. 

Des globules blancs spéciaux

Depuis cette histoire, de nombreux laboratoires essaient, grâce aux outils des biotechnologies, de fabriquer des globules blancs porteurs d’un CCR5 défectueux.

Le problème, c’est que les injecter tels quels ne garantit pas qu’ils vont survivre longtemps dans l’organisme. La solution actuelle, c’est la greffe de cellules. Et c’est lourd, très lourd et très risqué car on doit détruire tous les systèmes de défenses pour laisser la place nette. 

Un consortium international, dans lequel le Pr Marina Cavazzana, du CHU Necker à Paris, tient un rôle essentiel, a donc décidé de mener des essais cliniques sur des patients VIH+ atteints de lymphome, un cancer assez fréquent chez les personnes séropositives et qui peut requérir une greffe de moelle osseuse. 

Le but est théoriquement simple : on utilise des cellules souches hématopoïétiques, c'est-à-dire des cellules sanguines "à tout faire". On les programme grâce à un virus qui va modifier leur fonctionnement et on les réinjecte pour qu’elles empêchent le virus VIH de nuire.

Redonner le pouvoir aux défenses naturelles

La stratégie retenue est multiple. On a bien sûr commencé par reproduire le "miracle" de Berlin, en modifiant le récepteur CCR5. Mais il y a moyen de nuire au virus tout au long de son cycle, de son accrochage à la cellule à son entrée, sa multiplication et sa sortie.

Une des cibles visées est une protéine secrétée par le gène "vif", un facteur de virulence. Cette protéine est une grande perverse ! Elle vient bloquer totalement une autre protéine, APOBEC3G, présente depuis la nuit des temps dans nos cellules et qui est là pour tuer les virus comme le VIH. 

Des globules blancs anti "vif" seraient donc des armes précieuses, comme tout ce qui pourrait bloquer l’intégration du programme de reproduction viral sur l’ADN de nos cellules. 

Les cibles sont multiples et plusieurs équipes se préparent à mener des essais cliniques, certains même ont débuté avec des cellules CCR5 modifiées. Ce sont environ 3 millions de cellules par kilogramme de poids des patients qui sont ainsi injectées.

Un médicament anticancéreux porteur d'espoir

La question sans réponse pour l’instant est de savoir si on pourra se passer des traitements actuels par les médicaments antirétroviraux. 

Et on ne sait toujours pas comment débusquer et détruire les virus qui se sont réfugiés dans des sanctuaires, des cellules cachées au creux de ganglions et qui n’attendent que le moment propice pour ressortir.

Ces réservoirs sont le gros problème qui bloque l’éradication souhaitée du virus VIH.

Un léger espoir vient d’un médicament anticancéreux, le vorinostat. Ce produit semble capable de réveiller les virus cachés et de les amener à s’exposer pour être bombardés par les  médicaments. Mais ce n’est pas un traitement anodin, là non plus. Mais petit à petit les choses avancent, les pistes se diversifient et la guerre s’intensifie.