Fin d'une époque. Jean-Paul Eymond et Serge Andron, les derniers gardiens de phare en France, ont regagné la terre ferme. Ils remettent vendredi 29 juin les clés du phare de Cordouan (Gironde), le plus ancien du pays, et avec eux doit s'éteindre une profession victime de l'automatisation.

La page sera définitivement tournée vers 17 heures lors d'une cérémonie dans ce phare édifié en pleine mer à partir de la fin du XVIe siècle et situé à 7 km des côtes de Charente-Maritime et de Gironde. Les deux hommes remettront une vieille clé de 30 cm de long à quatre employés du Syndicat mixte pour le développement durable de l'Estuaire de la Gironde, qui seront désormais chargés de l'accueil des touristes pendant la haute saison et de la surveillance du site.

"Un pincement au cœur"

Depuis trente-cinq ans, les deux hommes passaient jusqu'à quatorze jours d'affilée dans ce phare de 67,5 m de hauteur, mis en service en 1611. Pendant leur service, les gardiens vivaient dans des chambres de 16 m2, aux grandes fenêtres sans vue sur l'océan car les zones de vie se trouvent au niveau de la cour.

Après la disparition à la fin des années 1940 de l'éclairage à la lampe à pétrole, puis l'automatisation des signaux et l'arrivée des balises de détresse, leur quotidien était ces dernières années fait essentiellement de tâches de maintenance des groupes électrogènes et d'entretien de ce monument historique. Ils assuraient aussi des relevés météorologiques et de marées.

"On ne quitte pas un bâtiment comme ça sans un pincement au cœur", souffle Jean-Paul Eymond, âgé de 60 ans, alors que son collègue Serge Andron, 61 ans, se demande comment il se sentira après deux mois à terre. "Ce que j'aimais le plus, c'était aller en haut à la lanterne observer les mouvements des bancs de sable", dit-il, non sans nostalgie.