Le ministre de l'Agriculture a pris cette décision dare-dare. Le pesticide Cruiser OSR, accusé de contribuer au déclin des colonies d'abeilles, est définitivement interdit en France, a annoncé vendredi 29 juin Stéphane Le Foll. 

Mis en cause dans une étude publiée le 30 mars, le produit, utilisé pour le traitement du colza, est constitué de trois substances. L'une d'elle, appelée thiametoxam, appartient à la famille des néonicotinoïdes. Elle agit sur le système nerveux central des insectes. FTVi revient sur les trois mois qui ont mené à cette décision, réclamée de longue date par les apiculteurs

Acte 1 : la dangerosité du produit mis en évidence 

Fin mars, une étude conjointe de l’INRA et du CNRS (organismes publics de recherche), de l’Acta, le réseau des instituts des filières animales et végétales (instituts techniques agricoles) et de l'Association pour le développement de l’apiculture provençale (Adapi), a démontré la nocivité de ce traitement sur les abeilles. 

Publié dans la revue Science, le rapport a mis en évidence "un taux significatif de non-retour à la ruche des abeilles [qui avaient reçu une dose d'insecticide] par un phénomène de désorientation dû à l’intoxication à faible dose." Ainsi, "lorsqu’elle est combinée à la mortalité naturelle, cette disparition liée à l’insecticide aboutit à une mortalité journalière de 25% à 50% chez les butineuses intoxiquées, soit jusqu’à trois fois le taux normal (environ 15% des butineuses par jour)."

Acte 2 : les politiques se saisissent du dossier 

A l'issue de la publication de ces résultats, le ministre de l'Agriculture du gouvernement de François Fillon, Bruno Le Maire, avait demandé l'avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). 

Cette dernière confirme les résultats de l'étude, affirmant à son tour que les abeilles qui consomment du nectar contenant la molécule à faible dose seraient susceptibles de troubles du comportement affectant leur capacité à revenir à leur ruche. Cet effet pourrait contribuer au déclin des colonies concernées, estime l'agence. 

Acte 3  : vers l'interdiction définitive 

Début juin, le ministre de l'Agriculture du gouvernement Ayrault, Stéphane Le Foll, reprend le dossier là ou son prédécesseur l'a laissé. Sur la foi de la préconisation de l'Anses, il indique qu'il est favorable à l'interdiction du Cruiser OSR, rapporte alors Le Monde.fr.

Enfin, le ministère annonce officiellement le 29 juin l'interdiction définitive du produit lorsqu'il est utilisé sur le colza. 

Acte 4 : le groupe producteur monte au créneau

Le groupe suisse Syngenta, fabricant du pesticide incriminé, a annoncé vendredi qu'il attaquerait en référé devant la justice la décision du gouvernement d'interdire son produit. "Nous attaquons en référé-suspension devant le tribunal administratif" la décision du ministre de l'Agriculture, a déclaré un porte-parole du groupe.

Syngenta conteste la validité de l'expérience qui a mené à l'interdiction du Cruiser OSR et sur laquelle s'est basée l'Anses. "Il n'y a pas d'alternative au Cruiser OSR", a affirmé le porte-parole, qui a souligné que désormais les agriculteurs devraient reprendre les pulvérisations dans les champs, alors que le pesticide était jusqu'ici enrobé autour des semences.

L'abandon du Cruiser OSR représente par ailleurs un manque à gagner pour les semenciers français de 72 millions d'euros, a ajouté le responsable.