Grâce à l'IRM, on peut prédire si un malade va sortir du coma

L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, a développé un logiciel qui permet de savoir si une personne dans le coma pourra se réveiller et quel sera son état de santé.

Une IRM d'un cerveau sain.
Une IRM d'un cerveau sain. (APA / AFP)
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Les accidents vasculaires cérébraux (AVC), arrêts cardiaques ou traumatismes crâniens plongeraient près de 50 000 personnes dans le coma chaque année. Si pour 20% d'entre elles le réveil est incertain, 80% s'en sortiront sans ou avec peu de séquelles.

C'est le cas d'Eloi Parpaillon, 17 ans, victime d'un traumatisme crânien après avoir été renversé par une voiture alors qu'il circulait à vélo. Il est resté quatre semaines dans le coma. Dans un reportage diffusé sur France 2 le 25 février, ses parents expliquent qu'ils n'ont jamais perdu l'espoir de le voir se réveiller. Le professeur Louis Puybasset, chef du service de neuroréanimation chirurgicale à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, leur avait assuré qu'Eloi avait 90% de chances de sortir du coma. Le médecin n'est pas devin, mais il a développé un outil statistique qui permet de prédire l'avenir des personnes plongées dans le coma. 

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En plus des examens cliniques, après ce que les médecins appellent la période aiguë, c'est-à-dire les premières semaines de coma, le patient passe une IRM (une technique d'imagerie médicale très précise) au cours de laquelle des dizaines de paramètres sont enregistrés. Les résultats sont comparés à une base de données mise en place avec l'unité 678 de l'Inserm. Chaque malade est ensuite classé selon ses résultats. Moins la note est élevée, plus il a de chances de se réveiller sans séquelles. Sur l'IRM s'affichent les zones abîmées du cerveau, ce qui permet d'évaluer les handicaps éventuels qui subsisteront après le réveil.

Pour Louis Puybasset, cet outil permet aussi de mieux communiquer avec les familles. Ainsi, pour les parents d'Eloi, ce pronostic a été un argument de plus pour croire au réveil de leur fils, malgré le scepticisme de certains soignants.

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"Grâce à cet examen, on essaie de savoir le plus rapidement possible quelle sera la situation à long terme du malade, explique le professeur Puybasset. Au bénéfice du doute, il faut évidemment continuer les soins, mais si on sait que le patient n'a aucune chance de se réveiller, il faut aussi se poser la question de savoir si on le maintient dans un état végétatif." 

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Si les scores de prédiction de sortie de coma d’un patient sont très mauvais, l’équipe médicale peut proposer à la famille de suspendre les traitements, comme le prévoit la loi Leonetti du 22 avril 2005, qui permet d'éviter l'acharnement thérapeutique. Médecins et proches sont alors guidés par l'intérêt du malade et le respect de sa dignité. Au sein du service de neuroréanimation chirurgicale de la Pitié-Salpêtrière, cette décision est prise pour une cinquantaine de patients chaque année.

"Quand on est certain que l'on ne va nulle part, on peut alors prendre les décisions qui s'imposent et, dans le cadre de la loi Leonetti, sortir de l'acharnement thérapeutique, souligne le professeur Puybasset. Mais c'est s'interroger sur notre relation intime à la mort. Et pour réfléchir, il faut avoir toutes les informations. Cet examen apporte les informations nécessaires.Pour certains patients dont les examens cliniques donnent de piètres résultats, l'IRM peut montrer au contraire que le cerveau est peu endommagé. Inversement, elle peut permettre de se rendre compte de l'état réel du malade.

 

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Pionnier, l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière travaille sur ce projet avec des hôpitaux en Italie, aux Etats-Unis ou en Belgique. Des travaux validés par une publication dans la revue américaine Anesthesiology (lien en anglais). Louis Puybasset souhaiterait la création d'un centre national du coma, qui permettrait de centraliser toutes les données sur les IRM des malades. Ce programme pourrait bénéficier à près de 8 000 personnes en France.