Un petit pas vers l'immortalité ? Les cellules souches peuvent survivre en milieu hostile, en s'endormant, y compris plusieurs jours après la mort, et redevenir ensuite fonctionnelles, selon des chercheurs français qui ont publié leur étude dans la revue Nature Communications (article payant), mardi 12 juin. Post-mortem, les cellules souches du muscle survivent en "état de dormance" durant dix-sept jours chez l'homme, et durant seize jours chez la souris. Une fois remises en culture, elles redeviennent parfaitement fonctionnelles. 

Il en va de même pour les cellules souches de la mœlle osseuse à l'origine des cellules sanguines, qui restent viables quatre jours post-mortem chez la souris et sont également capables, après greffe, de repeupler la moelle, ajoutent les chercheurs.

De précédents travaux avaient identifié de telles cellules 32 heures après la mort dans le cerveau d'un fœtus. Mais les chercheurs français vont plus loin et montrent comment ces cellules adultes survivent : elles ont besoin de manquer d'oxygène pour atteindre cet "état de dormance" qui leur permet de survivre et de résister à un environnement extrêmement hostile. Ce mode de survie, mis au jour, existe aussi en cas de grands dommages tissulaires chez les vivants.

Utile pour des greffes de moelle osseuse

"Nous avons prélevé 4 grammes de muscle chez une dame décédée à 95 ans, 17 jours après sa mort, et nous avons obtenu des millions de cellules souches et réussi à les différencier en fibres musculaires", commente le professeur Fabrice Chrétien, de l'Institut Pasteur et l'hôpital Raymond-Poincaré de  Garches (Hauts-de-Seine). "Ce réservoir de cellules souches viables dans l'organisme humain après la mort pourrait servir à faire des greffes de moelle osseuse (leucémies, maladies sanguines...) très utilisées dans les hôpitaux et pour lesquelles on manque de donneurs."

Chez des souris, les cellules souches de muscle prélevées post-mortem, une fois greffées, ont permis de restaurer la production d'une protéine défaillante, la dystrophine, chez des individus myopathes, précise le chercheur. Plus généralement, cette mise en sommeil est une façon pour ces cellules adultes d'attendre que "l'orage passe" et de surmonter des situations hostiles, comme par exemple une lésion du muscle, pour ensuite pouvoir reprendre le cycle cellulaire et réparer le tissu ou l'organe endommagé.

Nouveaux moyens de conservation ?

Cette découverte laisse ainsi envisager une nouvelle source et surtout de nouveaux moyens de conservation de cellules souches à usage thérapeutique. Lors d'une lésion musculaire, l'arrivée d'oxygène est perturbée. Or, en laboratoire, "nous avons constaté que les cellules souches musculaires en anoxie (privées d'oxygène) à 4 °C survivaient mieux que celles restées exposées à l'oxygène ambiant", ajoute Fabrice Chrétien.

Le scientifique évoque aussi "une technique simplissime pour sélectionner ces cellules à partir de la ponction d'un mélange de cellules : rien qu'en les mettant au frigo sans oxygène, on arrive à passer d'une concentration de 2 à 7% à 40% de pureté", dit-il. Un brevet international a été déposé pour couvrir les applications de cette découverte.