Pourquoi les baillements sont contagieux (et autres réflexes bizarres)

Un chercheur en neurosciences s'est spécialisé dans l'étude des comportements réflexes communs du genre humain, comme le baîllement, le vomissement ou encore les chatouilles. 

Une membre des troupes royales d'artillerie britannique réprime difficilement un baillement lors des célébrations pour le 86e anniversaire de la reine Elisabeth II, le 21 avril 2012 à Londres (Royaume-Uni).
Une membre des troupes royales d'artillerie britannique réprime difficilement un baillement lors des célébrations pour le 86e anniversaire de la reine Elisabeth II, le 21 avril 2012 à Londres (Royaume-Uni). (LEON NEAL / AFP)
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"C'est votre corps, et vous aimez penser que vous le contrôlez. Mais sous une sérénité de façade se cachent de turbulents instincts qui vous menacent de ridicule." Robert R. Provine, un chercheur américan en neurosciences, étudie depuis des années un champ bien particulier : celui des réflexes communs de l'homme, comme le rire ou le bâillement. Il explique ce que l'on sait de leurs origines dans un article publié mercredi 20 mars par le New Scientist (en anglais). Aperçu.

Le bâillement contagieux, du conformisme social

Tout le monde a un jour expérimenté ce curieux phénomène : une personne baille autour de vous, et soudain une irrésistible envie d'écarter les mâchoires vous prend. L'équipe de Robert Provine a confirmé ce réflexe par l'expérience, présentant devant des sujets des vidéos de personnes en train de bailler.

Mais contrairement aux bâillements spontanés, les bâillements contagieux ont des caractéristiques particulières. Ils ne concernent que certains mammifères à forte sociabilité, singes en particulier; surtout, ils n'apparaissent, contrairement aux bâillements spontanés, que vers 4 ou 5 ans. Ces caractérisques laissent penser qu'il s'agit d'un comportement avant tout social : en clair, l'individu montrerait par ce biais qu'il fait partie du groupe. Un réflexe panurgien, en quelque sorte...

Les vomissements, un réflexe préventif

Si l'on vomit quand on est malade, il arrive aussi d'être pris d'une soudaine nausée à la vue d'autres personnes occupées à régurgiter leur déjeuner. Les chercheurs ont notamment étudié ces vomissements "contagieux" dans le cadre d'une série d'affaires d'empoisonnement supposés dans des écoles.

L'exemple le plus récent, raconté dans Le Monde, se trouve en Afghanistan, où des centaines de jeunes filles sont soudainement tombées malades, s'évanouissant et vomissant sans qu'une source d'empoisonnement tangible ait pu être identifié. L'organisation mondiale de la santé a fini par parler "d'hystérie collective".

Pourtant, il ne faut pas forcément y voir un dysfonctionnement de notre cerveau - ou de notre corps en général. En effet, sur le plan de l'évolution, ce reflexe correspond à une adaptation positive, c'est à dire qu'il tend à favoriser l'individu qui le possède, explique Robert Provine. Ainsi, si une personne au sein d'un groupe ingurgite une substance toxique, tout le groupe réagit d'emblée aux premiers signaux d'alarme.

Les chatouilles, un acte hautement social

Concernant les chatouilles, une caractéristique retient particulièrement l'attention des spécialistes : il est impossible de se chatouiller soi-même. Pourquoi ? Parce que les chatouilles répondent avant tout à un besoin social : les chatouilles permettent de renforcer le lien affectif entre le chatouillé et le chatouilleur. C'est l'un des premiers stimuli auxquels répondent les bébés, et, plus tard, une étape une intimité physique encore plus grande, sexuelle notamment. Les recherches de Robert Provine ne précisent cependant pas si les individus les plus chatouilleux sont aussi les plus sociables...