Pourquoi "X-Files" doit absolument revenir en 2015

La chaîne Fox a annoncé son souhait de travailler à une nouvelle saison de la série culte. 

Gillian Anderson et David Duchovny sur une photo promotionnelle de la série télévisée X-Files, datée de 1993. 
Gillian Anderson et David Duchovny sur une photo promotionnelle de la série télévisée X-Files, datée de 1993.  (ARCHIVES DU 7E ART / AFP)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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Son générique ("tutu tutu tutuuuuu"), ses héros, ses épisodes traumatisants… Au panthéon des séries télévisées, l'Américaine X-Files, curieusement traduite par Aux frontières du réel en France, repose entre Twin Peaks et Lost. Endormie, mais pas morte. Treize ans après la diffusion de son dernier épisode, X-Files pourrait revenir sur les écrans, a confirmé la chaîne qui a diffusé la série de 1993 à 2002, la Fox, samedi 17 janvier. "Nous avons bon espoir de pouvoir redémarrer la série", a assuré son co-PDG, Gary Newman (pas le chanteur), interrogé par Entertainment Weekly (en anglais).

Stupeur sur les réseaux. Faut-il remobiliser Mulder et Scully, héros emblématiques des années 1990 ? La série paranormale présente-t-elle encore un quelconque intérêt à l'heure des Homeland et autres House of Cards ? Face aux témoignages des sceptiques, francetv info veut croire en la légitimité de ce X-Files version 2015. Voici pourquoi.

Parce que la théorie du complot a de beaux jours devant elle

Petit rappel pour ceux qui avaient mieux à faire de leurs vendredis soirs, la série suit le travail de deux agents du FBI : l'obstiné et farfelu Fox Mulder, complotiste érudit entièrement dévoué à sa quête de vérité, et Dana Scully, scientifique méticuleuse, rationnelle, à la rigueur inébranlable. Supervisés par Walter Skinner, un supérieur sympa comme une porte de prison, ils se coltinent des dossiers traditionnellement voués à la déchiqueteuse du "Bureau" : les dossiers X, des cas où il est question de télékinésie, de failles spatio-temporelles, de monstres, d'aliens et, surtout, de complots. 

Basée sur la méfiance des citoyens américains vis-à-vis de leurs agences gouvernementales, la série n'a pas survécu aux attentats du 11-Septembre, analyse son créateur, Chris Carter. A propos de l'arrêt de la série en 2002, il explique : "[A l'époque] les gens avaient confiance en leur gouvernement, du moins, ils essayaient. On en était arrivé à un point où X-Files n'était plus pertinente." Interviewé par Entertainment Weekly à l'occasion du 20e anniversaire de la série, en 2013, il reconnaît que "la suspicion et les théories du complot sont tellement plus répandues de nos jours". Il a raison. Aux Etats-Unis comme en France (en témoignent certaines réactions aux attentats contre Charlie Hebdo), "dans notre société de l'information, la désinformation devient un élément-clé", analysait pour francetv info, en juin, le sociologue Bertrand Vidal.

Condamnation du soldat Bradley Manning dans l'affaire WikiLeaks, anathème jeté sur Edward Snowden : les efforts répétés des autorités pour neutraliser ceux qui se présentent comme des lanceurs d'alerte ont alimenté cette défiance. Ajoutez à cela la publication par le Sénat américain d'un rapport sur l'utilisation de la torture par la CIA et vous persuaderez une bonne partie de la population qu'"on lui cache quelque chose". Mais où est Fox Mulder quand on a besoin de lui ?

Parce que "X-Files" adore les nouvelles technologies

"Je vais appeler internet et leur demander de me faxer les numéros de téléphone de toutes ces femmes." Cette phrase, prononcée par Dana Scully dans la version française de l'épisode 6 de la saison 3 entretient la méprise : non, X-Files n'était pas en son temps une série à côté de la plaque.

Loin de là. Certes, ces agents très spéciaux ne disposent pas de téléphone portable au début de la première saison ("Si vous voulez nous joindre, voici le numéro de notre hôtel", précise Mulder lors d'une de ses premières enquêtes, tendant une carte de visite). Rapidement, la technologie s'impose dans de nombreux épisodes. En atteste la présence récurrente des "bandits solitaires", un groupe de hackers fréquemment sollicités par Mulder et Scully. Chers à Chris Carter, ils auront même droit à une éphémère série à leur nom, déprogrammée au bout d'une saison (pour la faire courte, son épisode pilote racontait l'histoire d'un avion détourné à l'assaut des tours du World Trade Center, six mois avant le 11-Septembre…)

A l'heure où Mark Zuckerberg jouait encore à l'Ondamania, des épisodes de X-Files traitaient déjà de l'émergence de communautés en ligne ("Meurtre sur internet", saison 3), de cyberterrorisme ("The Kill Switch", saison 5) et de réalité augmentée ("Maitreya", saison 7). Nos deux agents ne devraient donc avoir aucun mal à enquêter façon 2015. D'autant plus que leurs sujets de prédilection ont connu des rebondissements depuis l'extinction des feux en 2002. En 2011, le FBI a ainsi enfin mis en ligne un document relatif au mystère de Roswell (en anglais). Deux ans plus tard, la CIA reconnaissait l'existence de la zone 51 dans un document déclassifié de plusieurs centaines de pages (PDF en anglais). Comme si Mulder pouvait résister à l'envie de creuser ces nouvelles informations. 

Parce que tout le monde y croit 

L'idée de relancer X-Files fait son chemin depuis plusieurs années dans le cerveau de ses créateurs. Mais l'aval de la Fox, une chaîne que l'on pensait calmée par le flop relatif du retour, l'an dernier, de la série 24 heures chrono, autorise une nouvelle vague d'optimisme. Surtout que ses acteurs principaux, eux aussi, sont enthousiastes. Au micro du podcast Nerdist début janvier, Gillian Anderson a invité les internautes à se prononcer en faveur d'une nouvelle saison grâce au mot-dièse #XFiles2015. Avec succès. 

Seule entrave au projet : l'emploi du temps, concède Dana Walden, co-PDG de la Fox. "Les acteurs sont très occupés", a-t-elle reconnu, alors que Gillian Anderson officie à la fois dans le thriller The Fall et la série Hannibal. Quant à David Duchovny, il apparaît dans Aquarius, la nouvelle série policière de NBC. 

Reste à savoir si la chaîne acceptera d'accorder à son ancien blockbuster les moyens de rivaliser avec les géants d'aujourd'hui. Capable de convier des zombies, façon The Walking Dead, des fantômes ou des psychopathes à la American Horror Story, les virus de The Strain et les étranges sectes de The Leftovers, X-Files a beau sortir d'une longue hibernation, elle n'a rien du vestige télévisuel. 

Parce que l'histoire n'est pas terminée, tout simplement

Pour une série développée par une chaîne nationale, non câblée, X-Files peut se targuer d'avoir placé la barre très haut du point de vue narratif. Outre l'intrigue développée dans chaque épisode, les scénaristes ont élaboré un contexte complexe qui sert de toile de fond aux neuf saisons : cette trame s'appelle le "myth arc", soit "l'arc mythologique" de la série. Cette histoire dans l'histoire traite des efforts de Mulder pour prouver au monde l'existence d'une vie extraterrestre (et, surtout, d'une mystérieuse agence chargée de garder cette existence secrète). Or, à la fin de la saison 9, le spectateur peut toujours spéculer.

"La série la plus imaginative a atteint la limite de son imagination", avait conclu le New York Times, déçu, dans sa critique du dernier épisode, en 2002. Quant aux deux films développés en parallèle de la série, ils se gardent soigneusement de répondre aux questions en suspens, à tel point que les fans estiment parfois que les scénaristes, si brillants soient-ils (la série a révélé Vince Gilligan, papa du génial Breaking Bad), se sont eux-mêmes perdus dans l'intrigue. Dans cette interview datée d'avril 2014, Chris Carter reconnaît que "les enjeux des épisodes finaux sont beaucoup plus importants aujourd'hui" qu'à l'époque. 

 

Enfin, ce "final" survient à la fin de deux saisons chaotiques, pendant lesquelles les stars de la série ont pris leurs distances. Largement privé de David Duchovny, puis de Gillian Anderson elle-même, X-Files avait perdu son âme. D'où l'intérêt de conclure en beauté cette page de la télévision et de lui offrir la fin qu'elle mérite.