L'académicien Alain Decaux, écrivain et homme de télévision, est mort à l'âge de 90 ans

L'historien a été distingué de la Légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite. Il était aussi commandeur des Arts et des Lettres

L'académicien Alain Decaux au Sénat, à Paris, le 16 mars 2010.
L'académicien Alain Decaux au Sénat, à Paris, le 16 mars 2010. (CHARLES PLATIAU / REUTERS)
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France Télévisions

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A la télé, sa voix, sa gestuelle, son énergie étaient des plus singulières. L'académicien Alain Decaux est mort, dimanche 27 mars, à l'âge de 90 ans. Ecrivain et biographe, il a publié de nombreux ouvrage dont Letizia : Napoléon et sa mère, récompensé par l'Académie française, où il est entré en 1979. L'historien a aussi été ministre délégué en charge de la Francophonie dans le gouvernement de Michel Rocard, entre 1988 à 1991.

Le "reporter de l'histoire" à la télé

Ce n'est pas un hasard si plusieurs imitateurs (à commencer par un certain Thierry Le Luron) ont moqué ce qui faisait le plaisir enthousiaste à écouter et voir Decaux dans la petite lucarne. Car Alain Decaux était avant toute chose un reporter en voyage dans le passé. Un reporter au voyage arrêté, certes, mais devant le spectacle de cet homme-tronc, filmé en action, le téléspectateur suivait l'histoire de l'Histoire, tout heureux de croiser grands événements, et personnages illustres ou anonymes de nos livres de classe.

Sa paire de lunettes sans cesse enlevée et retirée, façon Pivot, ponctuait les chapitres du récit. Au fil des minutes, on voyait ainsi de plus près, et l’on prenait aussi un peu de hauteur. Le savoir se donnait au plus grand nombre. Une télé noble et populaire. De 1969 à 1988, "Alain Decaux raconte" était ce rendez-vous mensuel où, seul face à la caméra, ce conteur parlait tout en mémoire pendant près de 45 minutes.

Il n’avait pas recours à l’instrument du prompteur, cet engin qui permet à la plupart de nos présentateurs de lire leur texte et qui parfois peut vous vider le regard. Avec Decaux, on voyait en direct un homme "penser" son discours. Car le récitant Decaux s'ingéniait à vous déplacer dans le temps. Mais bien avant ce rituel de seconde partie de soirée devenu iconique, et diffusé par Antenne 2, il y eut "La caméra explore le temps" de 1957 à 1966. A cette époque, la télévision découvrait le monde, l’espace, la science, et toujours en direct. Une ivresse.

Une vision qui suscitait la curiosité

En même temps que naissait l’émission mythique de grand reportage "Cinq colonnes à la une", la médecine avec "Les médicales" s’explorait en temps réel. On n'hésitait pas un instant à filmer les profondeurs du cerveau avec la réalisation d'une lobotomie réalisée en "live" (devant les yeux effarés des téléspectateurs de l'époque). Il en était de même pour l’histoire. Dans les studios des Buttes-Chaumont à Paris, les plus grands comédiens du moment interprétaient, reconstituaient en direct les tragédies, les énigmes... Une prouesse tant dans la réalisation de ces films, que dans l’écrit qui régissait le drame. L’écrit précisément, était signé Alain Decaux, André Castelot et Stellio Lorenzi.

L’affaire Calas, la nuit de Varennes, l’affaire du courrier de Lyon (en deux épisodes s’il vous plaît !)... Chaque diffusion tenait en haleine une France qui vivait tout cela comme on est aujourd’hui accro aux séries comme House of Cards. Un véritable engouement.

Lointain ancêtre des émissions de Stéphane Bern, Alain Decaux, lui, était l’homme du grand feuilleton de l’histoire, de cette part du récit national comme on dit aujourd’hui. Certes l’on pourra critiquer — et l’on a critiqué — cette vision du passé, trop psychologique, trop événementielle, trop romancée, trop académique. Mais sa vertu était irréfutable : elle suscitait la curiosité, l’envie d’aller y voir, en faisant de chaque citoyen, un reporter de son propre savoir.