Présidence de France Télévisions : pourquoi le choix a-t-il été si opaque ?

Après avoir examiné 33 candidatures, le CSA a retenu celle de Delphine Ernotte Cunci, 48 ans, directrice exécutive d'Orange. L'examen des différents projets des candidats est toutefois resté totalement secret.

Le siège de France Télévisions, le 16 septembre 2012, à Paris.
Le siège de France Télévisions, le 16 septembre 2012, à Paris. (MAXPPP)
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Yann ThompsonFrance Télévisions

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Delphine Ernotte Cunci succédera cet été à Rémy Pflimlin. A 48 ans, l'actuelle directrice exécutive d'Orange France a été choisie face à 32 autres candidats, a annoncé le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), jeudi 23 avril, au terme d'un processus largement critiqué. 

De nombreuses voix se sont en effet élevées pour dénoncer "l'opacité" de cette procédure de désignation, menée loin de tout débat public, malgré un large financement de France Télévisions par la redevance audiovisuelle. Francetv info vous explique pourquoi le CSA a opté pour le silence radio.

Parce que les textes le prévoient

Chargé pour la première fois de désigner le futur président de France Télévisions, le CSA a révélé, en février, comment il comptait procéder. En matière de publicité du processus, il s'est appuyé sur la loi du 30 septembre 1986 sur la liberté de communication et, surtout, sur la décision du Conseil constitutionnel du 27 juillet 2000.

Dans ce second texte, le Conseil constitutionnel considère que le CSA doit, dans un "souci de transparence", motiver sa décision de nomination, exigence à laquelle le CSA se pliera. En revanche, les Sages de la rue de Montpensier considèrent que la "liberté de parole" des candidats et celle des membres du CSA est "nécessaire à l'élaboration d'une décision collégiale éclairée", et qu'elle "ne serait plus assurée" si les débats étaient rendus publics.

Le secret de la procédure doit permettre, selon le Conseil constitutionnel, de préserver "la prise en compte de l'intérêt général" face aux pressions extérieures (lobbying, polémiques médiatiques, etc.) qui pourraient résulter d'auditions entièrement transparentes. Les Sages mettent aussi en avant le "respect de la vie privée" des candidats.

Parce que des candidats veulent rester discrets

Contrairement à la nomination du PDG de Radio France, en 2014, le régulateur de l'audiovisuel a autorisé les candidatures secrètes. Objectif : permettre aux intéressés de postuler, sans que cette candidature ne puisse les mettre en difficulté au sein de leur entreprise actuelle.

Par ailleurs, en février, le CSA a indiqué que la liste des candidats auditionnés ne serait rendue publique qu'"à la condition qu'aucun des candidats retenus ne s'y oppose auprès du président". Au moins un candidat retenu pour les auditions a fait usage de ce droit de veto, indique le CSA à francetv info, ce qui explique le flou actuel sur les derniers noms en course.

Au final, il appartenait à chaque candidat de décider du degré de publicité qu'il souhaitait donner à son dossier. Certains, comme l'animateur Cyril Hanouna, ont ainsi fait de leur simple candidature un outil de communication. D'autres ont décidé de prendre la parole après avoir été recalés, à l'instar de l'ancien dirigeant d'Orange France et de Lagardère Active Didier Quillot, qui a publié son dossier de candidature pour "mettre fin à l'opacité des projets". D'autres, enfin, ont préféré s'en tenir au huis clos du CSA.

Parce qu'aux yeux de certains, le CSA "manque de transparence"

En attendant, l'élection du nouveau président de France Télévisions révèle, selon plusieurs observateurs, les limites du système mis en place par François Hollande. Le chef de l'Etat avait souhaité garantir l'indépendance de la procédure, en cessant toute nomination par l'exécutif. Mais demeurent des "soupçons de pression politique", du fait d'une "procédure antidémocratique" marquée par un "entre-soi", selon les sociétés des journalistes de France 2 et de France 3, qui ont publié une tribune sur le site du Monde

"Je trouve dommage que cette procédure manque de transparence", déplore l'ancien membre du CSA, Rachid Arhab, pour qui "le public a le droit de savoir comment on nomme ces présidents". Au CSA, c'est "opaque au balcon", selon un recalé, le journaliste de France 3 Serge Cimino, membre du Syndicat national des journalistes. Le candidat déçu a publié la lettre laconique par laquelle le CSA lui a signifié son élimination, tandis que Didier Quillot regrettait de n'avoir reçu ni appel ni "explication" de l'autorité administrative. 

L'UMP dénonce aussi une "extrême opacité", et souligne, à titre de comparaison, que les auditions des candidats à la présidence de Public Sénat et de LCP seront "rendues publiques". Le parti d'opposition regrette, plus largement, "l'opacité du processus de désignation du CSA, interdisant ainsi tout contrôle démocratique par le Parlement". Le CSA, qui a lui-même défini ses règles de procédure de nomination du futur dirigeant de France Télévisions, aura une lourde pression sur les épaules au moment de justifier son choix.