Benoît Duquesne : une voix, une pogne et beaucoup d’exigence

Le journaliste de France 2 est mort vendredi à l'âge de 56 ans.

Le journaliste Benoît Duquesne, le 28 août 2012 à Paris.
Le journaliste Benoît Duquesne, le 28 août 2012 à Paris. (PATRICK KOVARIK / AFP)
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Benoît Duquesne parlait fort. Sa voix timbrée "clair", façon radio dont il venait, vous cueillait avec toujours, toujours, un trait d’humour. Plaisanter chaleureusement, c’était sa marque de salutation. Indissociable, son sourire venait ajouter à la sincérité de ce costaud aux faux airs de cow-boy. Benoît vous tendait la main, ou plutôt sa pogne. Et vous sentiez la force du garçon, une force toute naturelle, presque candide. Benoît créait la sympathie.

Il faut dire que ce journaliste était d’abord un reporter, quelqu’un qui aimait les gens. Je me souviens de son travail au Rwanda. La visite des camps de réfugiés, l’opération Turquoise. Benoît venait de TF1. L’Iran, la guerre du Golfe… il savait les réalités du terrain. Il fut accueilli dans le service public dont il sut, là encore, conquérir la sympathie. Et dire qu’on a voulu ne se souvenir de lui que juché sur une moto à la poursuite d’un Chirac fraîchement élu ! Benoît était bien autre chose.

Généreux et passionné

Tiens, encore un journaliste bardé de qualités parce qu’il disparaît, direz-vous. Non pas. Duquesne savait aller ici et là expliquer le métier, instruire, débattre. Ecoles, festivals, vous appeliez Benoît, il ronchonnait, et finissait toujours par accepter. L’homme était réellement généreux, et savait vraiment considérer les personnes de même que les consœurs ou les confrères. Passionné, il l’était tout autant. D’ailleurs, il faut l’être pour créer et accompagner pendant treize ans une émission d’enquête, précisément "Complément d’enquête" et ses célèbres fauteuils rouges. Benoît avait formé une grande famille avec toute son équipe. Et il ne s’en laissait pas compter. Une exigence jamais satisfaite. Benoît regardait, refaisait, re-refaisait le sujet. France 3 venait de mettre à l’antenne "Pièces à conviction". Benoît eut l’élégance de ne pas jouer la concurrence frontale.

Derrière le hurleur, il y avait indubitablement un homme bien. Car Benoît était aux antipodes de la certitude. Il doutait, parfois jusqu’à l’excès. Etait-ce la bonne voie à prendre dans la recherche des infos ? Ou fallait-il s’engager sur un autre chemin dans la démonstration journalistique ? L’idée qu’il se faisait de son métier était à ce prix. La force du reporter enquêteur a été fauchée au petit matin semble-t-il, à bord de la péniche qu’il habitait. Benoît avait plein de rendez-vous programmés pour la journée. Il échafaudait les projets de la saison prochaine… Va falloir remiser les fauteuils rouges. Ce projet-là nous est, à toutes et tous, impossible.