Philippe Manoeuvre prend sa retraite, il veut "laisser la place aux jeunes"

Le magazine Rock'n'Folk sort son 595e numéro vendredi. Son rédacteur en chef, Philippe Manoeuvre, 62 ans, y signe son dernier édito avant de prendre sa retraite. Il était l'invité de franceinfo. 

Philippe Manoeuvre a passé 24 ans à la rédaction de Rock\'n\'Folk. 
Philippe Manoeuvre a passé 24 ans à la rédaction de Rock'n'Folk.  (THOMAS SAMSON / AFP)
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Philippe Manœuvre tire sa révérence après avoir été pendant 24 ans rédacteur en chef de Rock’n’Folk. Il prend sa retraite à l'âge de 62 ans. Sourire ému, il a dit ressentir "un sentiment d'accomplissement" vendredi 17 février sur franceinfo. "Je dois beaucoup ma carrière au chanteur Iggy Pop", a- t-il également confié. Il garde aujourd'hui "plein" de souvenirs.

franceinfo : Que ressentez-vous aujourd'hui ?

C’est un sentiment d’accomplissement. Je suis rédacteur en chef de Rock’n’Folk depuis 1993, j’ai fait 286 numéros, près de 300 avec les numéros spéciaux. Toute ma vie, j’ai été rédacteur en chef : de Métal hurlant dans les années 70, puis un petit passage aux Enfants du Rock. Prendre ma retraite, ça fait quelque chose. Signer mon dernier édito est aussi très émouvant. J’ai une relation incroyable avec les lecteurs. J’ai fait cette rubrique un peu innocemment, en me disant que ce serait bien qu’il y ait un éditorial, qu’on puisse discuter de ce qu'il se passe en dehors de la musique. Puis il a pris une grosse importance, les gens me disaient qu’ils le lisaient. Je referme une porte délicatement, et je ne m’interdis pas d’écrire des livres.

Souvenez-vous du démarrage de votre carrière ?

Je dois beaucoup ma carrière au chanteur Iggy Pop. J'apparaîs pour la première fois dans Rock'n'Folk, en 1973, dans le courrier des lecteurs. J’insulte un journaliste, je trouve qu’il a chroniqué trop mollement le nouvel album d’Iggy and the Stooges, "Raw Power" et je délire comme un adolescent. Je dis que c’est scandaleux, que ce disque va marquer les années à venir : c’est le guitariste que l’on n’attendait plus ! Et le rédacteur en chef me répond. Cela est très bizarre, parce que dans Rock’n’Folk, il y avait une tradition : tout le monde pouvait s’exprimer dans le courrier des lecteurs, mais il n’y avait jamais de réponses. Il y a dû en avoir 3 dans l’histoire de la première partie du magazine entre 1966 et 1984. Un an après, j'entre dans la rédaction de Rock’n’Folk en tant que journaliste. J’avais réussi à pousser la porte un peu entrebâillée. J’étais allé voir Lou Reed à l’Olympia. J’étais le seul, ils m’ont demandé de faire un petit galop d’essai et ensuite, je suis parti aux États-Unis cet été-là, j’ai rencontré Aerosmith. Ma carrière a commencé et je n’ai plus jamais acheté un ticket de concert, ni un disque. 

Quels souvenirs gardez-vous de votre carrière ?

Pleins ! J’ai commencé à être une véritable charnière de l’industrie de de la musique et de l'entertainment. L’un de mes souvenirs marquants ?  Radiohead, en 1993. En écoutant Ok Cumputer je suis tombé par terre. C'était incroyable. Voilà un groupe au niveau de Pink Floyd ou Led Zeppelin. C'était le dernier groupe de l'âge d'or du Rock. De les voir arriver, de les mettre en couverture, de les aider à trouver le public qu’ils méritaient a été génial. Aujourd’hui, je sens qu’il faut laisser la place aux jeunes. Je savais que j'allais prendre ma retraite depuis un an. J'ai eu le temps de regarder ce que je fais avec amour et passion. Un vieux rédacteur en chef, c’est quelqu’un d’ennuyeux, qui ne fait plus d’erreurs et c’est peut-être dommage. 

Ressentez-vous un désamour pour le Rock d'aujourd'hui ? 

Ce n'est pas du désamour, je constate seulement que l'on n'arrive plus à faire passer les jeunes groupes dans le circuit populaire. Ils restent bloqués dans des clubs. Il y a des groupes ! Twin Peaks, Sore Losers, Last Train, Jacco Gardner, les Liminãnas... Ces noms n'évoquent rien, les gens ne les connaissent plus, alors qu'en même temps de vieux artistes remplissent encore des stades ! Cet année il y aura les Stones, Guns'n'roses, les Insus... Quand on fait ensuite le bilan, on dit que le rock va bien. Mais je suis un peu inquiet pour l'avenir, j'ai l'impression que l'ascenceur est cassé. 

"Il y aura toujours de la musique chez moi" Philippe Manoeuvre à franceinfo

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