Musique : les mythiques studios Davout ont fermé leurs portes à Paris

Ils ont accueilli les Rolling Stones, Claude François, Barbara et Nina Simone... Mais aujourd'hui les studios Davout coupent le son. La Ville de Paris devrait y installer, à la place, une école primaire, une crèche ainsi que des logements.

Dans quelques années, la Ville de Paris y créera une école primaire, une crèche ainsi que des logements.
Dans quelques années, la Ville de Paris y créera une école primaire, une crèche ainsi que des logements. (Studios Davout)
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franceinfoNoémie BonninRadio France

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Les lumières et les micros se sont éteints aux légendaires studios Davout, à Paris. Ils ont vu passer de très nombreuses stars, depuis leur création, en 1965 par Yves Chamberland et Claude Ermelin : des Rolling Stones à Claude François, en passant par Barbara, Nina Simone, Alain Bashung, Charles Trenet, ou encore Serge Gainsbourg. Mais aussi Madonna, U2, Rihanna ou Pharrell Williams. C'est là aussi que Michel Legrand enregistre Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy.

Mais depuis dimanche 9 avril, plus rien. Dans quelques années, la Ville de Paris, qui a repris les lieux, y créera une école primaire, une crèche ainsi que des logements.

L'acoustique et les mètres carrés ont attiré les plus grands artistes

"C'est une circonstance particulière aujourd'hui", confie avec émotion le compositeur Philippe Rombi, devant son orchestre à cordes. C'est le dernier jour de travail avant la fermeture, il y enregistre la musique du prochain film de François Ozon. C’est avec ce même réalisateur que Philippe Rombi avait enregistré, ici même, sa première bande originale, il y a une vingtaine d’années.

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"J'ai vécu de grands moments d'émotion dans cet endroit. J'ai démarré dans ce studio, j'y ai passé des nuits et des jours, j'ai dormi ici. Quasiment tous les grands musiciens de ce monde ont foulé ce sol, donc il y a de grandes vibrations dans cette salle. Maintenant qu'on a y percé tous les secrets acoustiques, il disparaît. Une page se tourne."

Une page se tourne aussi pour plusieurs générations d’ingénieurs du son, tous formés ici. Parmi eux, Stéphane Reichar et Jeff Delors, qui regrettent déjà la disparition de cet outil d’exception : "C'est une des plus grandes pièces de Paris pour faire des enregistrements. Elle a une acoustique assez incroyable. La pièce a un son très boisé, avec de l'air, tout en étant très précis. Qui n'est pas passé par les studios Davout ? Je pense qu'il y a une âme ici."

Laurent Voulzy enregistre Le Cœur grenadine, dans le studio d'enregistrement Davout :

Dimanche, les derniers accords de corde résonnent dans le studio A et ses neuf mètres de hauteur sous plafond. La première musique enregistrée ici, c'était en 1965, Un homme et une femme, de Francis Lai pour le film de Claude Lelouch.

Désormais, plus de musique, l’équipe démonte le matériel : trois studios, 1 600 mètres carrés qu’il va falloir stocker. Jusqu’au bout, le gérant des lieux, Marc Prada, a espéré trouver une solution avant de rendre les armes.

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. (JEAN-BAPTISTE URBAIN / RADIOFRANCE)

Vladimir Cosma a enregistré aux studios Davout de nombreuses musiques de films : Le Dîner de cons, La Gloire de mon père, Le Château de ma mère, La Boum, Les Aventures de Rabbi Jacob... "Sur le plan émotionnel et des souvenirs, ça me rappelle tous mes débuts des enregistrements en France, confie le compositeur. Le studio Davout était une sorte de sauvetage de la musique en France, puisque c'était devenu le seul studio où l'on pouvait enregistrer de grands orchestres, avec des chœurs."

C'était un espace très grand, qui sonnait très bien. 

Vladimir Cosma

à franceinfo

L'enregistrement des Aventures de Rabbi Jacob est d'ailleurs un moment mémorable pour Vladimir Cosma : "Pendant deux semaines, j'ai eu 90 musiciens dans le studio, avec le film qu'on projetait sur un grand écran. On avait le temps, c'était un rythme et une qualité de travail qu'on a depuis longtemps perdus, à cause des contraintes financières. Il y a beaucoup de souvenirs de ce genre-là qui me lient à ce studio."