Musique : le punk est bien vivant, il fête ses 40 ans au Printemps de Bourges

Une exposition dans le cadre du Printemps de Bourges retrace l'histoire du punk, une culture contestataire née il y a 40 ans. Quatre décennies de vinyls, de CD, d'affiches qui continuent d'inspirer les artistes.

Les Sex Pistols, en concert à San Francisco, en 1978.
Les Sex Pistols, en concert à San Francisco, en 1978. (GEORGE ROSE / HULTON ARCHIVE)
avatar
Yann BertrandRadio France

Mis à jour le
publié le

Punk not dead ! Ce n’est vraiment pas le genre le plus représenté au Printemps de Bourges, mais c’était l’année ou jamais pour lui rendre hommage. Il y a 40 ans, la vague punk envahissait la Grande-Bretagne, les États-Unis puis la France. Pour retracer cette histoire faite de violence, de contre-culture et de créativité, le festival propose une exposition exceptionnelle depuis mercredi 19 avril, et jusqu’à dimanche. La documentation et la discothèque de Radio France ont fouillé dans leur immense fond d’archives, et c’est toute une culture qui revit.

Le punk fête ses 40 ans au Printemps de Bourges : le reportage de Yann Bertrand
--'--
--'--

Un bruit, une musique et des gens qui réfléchissent

Bien sûr, il y a les Sex Pistols. Évidemment, on retrouve The Clash et sans aucun doute, Iggy & The Stooges ne pouvaient manquer à l’appel. En écoutant, en regardant, en ressentant quarante ans de punk, il reste aujourd’hui encore difficile à définir. Eric Tandy est bien placé pour en parler. Au milieu des années 70, à Rouen, il a pris la vague punk en pleine face : "Le punk c'était un bruit, une musique et aussi des gens qui réfléchissaient ou qui faisaient d'instinct des pochettes, des fanzines, des affiches." Devenu journaliste musical après avoir créé des groupes furieux comme les Olivensteins, il se rappelle en tout cas les origines : "On était révoltés mais on n'avait rien qui correspondait à notre révolte à nous."

Le punk, c'est presque autant de choses à voir qu'à écouter

Eric Tandy, journaliste

Des précurseurs aux héritiers

Documenter le punk, mouvement éphémère par excellence, n’a pas été chose aisée pour Stéphanie Leroy, de la discothèque de Radio France : "Forcément, le fonds de Radio France est lié à ce qui est passé à l'antenne. Et Radio France n'a jamais été une radio qui a passé énormément de punk."

L’exposition est donc divisée en plusieurs parties, géographiques et chronologiques, des précurseurs aux héritiers, de la France aux États-Unis. Romain Couturier a passé plusieurs mois à trier les archives : "The Damned, le premier 45 tours punk... On trouve aussi des choses un petit peu moins connues, qui vont interpeller le public. Qui sait que The Police et The Cure ont fait du punk à leurs débuts ?"

Peut-on vraiment exposer le punk ?

Les Ramones, The Jam, Television, Patti Smith... Plus qu’un amoncellement de noms, les pochettes de vinyles exposées racontent une contre-culture, une urgence, une révolte. La violence des concerts de The Clash, la folie des Sex Pistols, la créativité du collectif français Bazooka... Peut-on exposer le punk sans l’assagir ? Stéphanie Leroy, de la discothèque de Radio France, ose espérer que non. "Il faut que le punk garde sa philosophie du 'do it yourself', sa raison d'être subjective. Il doit continuer à vivre sans suivre un cadre et une ligne toute directe." Le journaliste Eric Tandy approuve."En dehors des clichés, le punk inspire toujours".

On peut rester punk ou le devenir sans forcément avoir une crête rouge sur la tête et les épingles dans les oreilles

Stéphanie Leroy, documentaliste

Une nouvelle vague en Angleterre et aux USA

L’inspiration et les héritiers du punk, comme Cheveu ou Frustration, deux groupes français du label Born Bad Records sont présents cette année au Printemps de Bourges. Ils sont même parrains de l’exposition. Mais ce qu'attend Eric Tandy c'est un retour au propos politique : "J'attends avec impatience les équivalents de The Clash, de Bérurier noir et de Sham 69 en France. Si le punk peut encore être réellement légitime aujourd'hui, c'est dans une critique de ce qui se passe. Il faut qu'il y ait une révolte, mais on n'en est pas encore là". 

Eric Tandy lance une forme d'appel à la nouvelle génération, "Je souhaite qu'un groupe violent arrive et parle de la situation dans laquelle on est et qui n'est pas très excitante." Ce frémissement se ressent à l'étranger, les spécialistes le constatent. Dans l’Angleterre du Brexit, aux Etats-Unis de Trump, le punk revit pour proposer autre chose, comme il y a quarante ans.

Punk, 40 ans de No Future, dans le carde du Printemps de Bourges, jusqu'au dimanche 23 avril de 12h à 20h au Carré d’Auron.