Musique : "DAMN.", la vibrante urgence selon Kendrick Lamar

Kendrick Lamar sort ce vendredi matin son nouvel album tant attendu, disponible seulement, pour l'instant, sur les plateformes de streaming. Avec "DAMN.", le rappeur frappe encore un grand coup.

Kendrick Lamar a sorti en ligne, ce vendredi, son nouvel album \"DAMN.\"
Kendrick Lamar a sorti en ligne, ce vendredi, son nouvel album "DAMN." (JOSE SENA GOULAO / LUSA)
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Yann BertrandRadio France

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Voici ce qui s'appelle répondre aux attentes. On rembobine pour ceux qui n'étaient pas là au début : Kendrick Lamar, 30 ans en juin prochain, a déjà signé trois albums qui l'ont installé en véritable patron du rap américain. Le dernier, To Pimp A Butterfly, sorti il y a deux ans, est instantanément devenu un classique. Plus qu'un album, c'est un pamphlet sur le racisme et les discriminations, sur fond de jazz et de références littéraires et historiques. Plus que sa voix, avec son flow pincé et vibrant, Kendrick Lamar y faisait entendre sa colère. Deux ans plus tard, après cinq Grammy Awards et bien plus de performances époustouflantes, il était attendu au tournant.

DAMN., ce fameux album, est un bloc de 14 titres. Un seul mot à chaque fois, en majuscules : FEAR, PRIDE, LOVE, GOD, LUST... Comme s'il était important de bien se faire comprendre, de manière plus directe et plus ramassée. Kendrick Lamar qualifie d'ailleurs ce nouveau disque ainsi : "urgent", une manière, dit-il, de "me rapprocher de ma communauté".

Message(s)

Pour le gamin de Compton, la banlieue déshéritée de Los Angeles, le rap a toujours été le seul moyen d'expression. Parvenu aujourd'hui au sommet, c'est comme si Kendrick Lamar voulait opérer un bilan, un retour aux bases - du hip-hop notamment - comme dans ce morceau, HUMBLE.

Le résultat, c'est qu'on écoute Kendrick Lamar attentivement. Chaque strophe, chaque pause, chaque respiration signifient quelque chose. On ne parle pas uniquement de hip-hop, on parle d'une musique faite comme un média, comme une façon de chroniquer son époque.

Alors évidemment, Kendrick Lamar se raconte : son enfance, son quartier, le racisme, la violence. DAMN, "putain" en bon français, c'est un nouveau cri. Des textes dans lesquels l'Amérique d'aujourd'hui, celle de Donald Trump, apparaît sans vulgarité ("Donald Trump's in office, we lost Barack" sur XXX). Contrairement à beaucoup de rappeurs, Kendrick Lamar donne une impression : celle de véritablement se mettre à nu, dans sa voix comme dans ses textes.

Au sommet

La production des 14 titres de l'album réunit quelques pointures : Mike Will, Sounwave ou The Alchemist, bien connus des amateurs de rap. Mais aussi James Blake, déjà crédité sur le dernier album d'un autre phénomène, Frank Ocean. Ici, il signe l'atmosphère ouatée du titre ELEMENT.

Plus frappant encore, l'apparition de deux voix extrêmement connues : celle de Rihanna, habituée au rôle, mais surtout celle de Bono, en filigrane, très peu exploitée en réalité, sur l'un des meilleurs morceaux de l'album, XXX. Bono et U2, l'un des plus grands groupes du monde en soutien lointain sur un morceau de rap. Les temps ont changé, le hip-hop a évolué pour devenir l'un des champs d'expérimentation musicale les plus excitants du moment, de Drake à Young Thug, en passant par Migos. Et on peut le dire, Kendrick Lamar regarde désormais tout cela de très très haut.

Kendrick Lamar, DAMN (Top Dawg Entertainment). Album disponible en ligne, sortie physique le 28 avril.