Sa chanson Sale Pute avait défrayé la chronique en 2009. Le rappeur Orelsan était depuis poursuivi pour "provocation au crime" par le mouvement féministe Ni putes ni soumises. Il a été relaxé mardi 12 juin par le tribunal correctionnel de Paris. Une affaire aussi médiatique que polémique sur laquelle revient FTVi.

"Liberté d'expression" ou "apologie de la violence"

De son vrai nom Aurélien Cotentin, le rappeur de 29 ans était absent à la lecture du jugement. Pour cause de concert, selon son avocat. "C'est une grande victoire pour la liberté de création et d'expression", a réagi Me Simon Tahar. 

"Nous regrettons qu'au nom de la liberté d'expression, on permette à un artiste de faire l'apologie de la violence à l'égard des femmes", a ensuite commenté l'avocate de Ni putes ni soumises, Me Samia Meghouche. L'association ne fera toutefois pas appel, a ajouté l'avocate. "L'idée n'est pas de s'acharner contre Orelsan, ou contre un artiste en général", mais le but était aussi de "porter le débat sur la place publique". L'objectif est somme toute "atteint", dit-elle.

Des propos violents et crus 

L'association avait engagé des poursuites contre Orelsan pour "provocation au crime" après la diffusion sur internet, en février 2009, de sa chanson. Sale Pute décrit en termes très crus la colère d'un jeune homme qui, se découvrant trompé, menace sa compagne de toute une série de violences physiques, comme de l'"avorter à l'Opinel".

Dans le clip de la chanson, qui avait été diffusé à l'audience, ces propos violents sont entrecoupés de "Je t'aimais" prononcés par un jeune homme accablé, qui se saoule chez lui ou sur la plage après avoir appris l'adultère.

Fiction contre réalité

"Je ne pense pas que les gens soient suffisamment bêtes pour réitérer ce qui est dit dans une chanson, ou alors c'est qu'ils sont dangereux dès le départ", avait plaidé à l'audience le chanteur, pour qui le titre, écrit en 2006, ne contient "aucune provocation, aucune incitation" à agresser les femmes.

Ni putes ni soumises, qui défend notamment les jeunes filles des quartiers populaires contre la violence et le machisme, n'était pas du même avis, sa présidente, Asma Guénifi, voyant dans cette chanson "un appel à la haine""Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon et ça, ce n'est pas fictif", avait renchéri Me Samia Meghouche, pour laquelle "on ne peut laisser dire tout et n'importe quoi".

"Des propositions" pour faire évoluer la loi

Le parquet avait, lui, estimé qu'"on se tromp[ait] d'ennemi". La procureure avait constaté que les femmes battues étaient bien réelles, mais n'étaient "pas victimes des propos d'un chanteur qui s'exprime dans le cadre de sa liberté d'expression artistique". Elle avait par conséquent requis la relaxe.

Me Meghouche a assuré mardi que Ni putes ni soumises allait s'atteler à "faire des propositions" pour faire évoluer la loi, afin qu'il soit possible de poursuivre un artiste pour ce type de propos.