Il est des chansons propices aux larmes ; Someone Like You est de celles là. Récompensée par six Grammy Awards dimanche 12 février à Los Angeles (Californie), la chanteuse britannique Adele a vu sa ballade atteindre récemment "un statut quasi-iconique, en grande partie grâce à sa capacité troublante à provoquer larmes et frissons chez les auditeurs", avance The Wall Street Journal dans un article paru samedi (en anglais). Pour expliquer la magie du morceau, le quotidien a fait appel à des psychologues et neuroscientifiques.

Si nos réactions face à un morceau dépendent de notre culture et de notre parcours personnel, il existe des recettes pour susciter l'émotion du public. Parmi celles-ci, l'appogiature, un ornement mélodique identifié il y a vingt ans par le psychologue britannique John Sloboda. Au cours d'une expérience basée sur 20 passages musicaux, le chercheur a ainsi établi un lien entre cet agrément musical et des réactions comme les larmes ou la chair de poule.

Le pouvoir de l'"appogiature"

En quoi consiste précisément ce mystérieux ornement ? Il s'agit d'une petite note intercalée juste avant une note principale sur laquelle on veut insister en la retardant légèrement. L'appogiature détonne par rapport à la mélodie et "génère une tension chez l'auditeur", affirme au Wall Street Journal le psychologue Martin Guhn, auteur en 2007 d'une étude sur le sujet. "Quand les notes reviennent vers la mélodie anticipée, la tension disparaît et est remplacée par une sensation de bien-être." Et quelques larmes en bonus, surtout si l'ornement est répété dans la chanson. 

Dans le cas de Someone Like You, en plus des appoggiatures, Adele se livre à de légères modulations de voix à la fin des longues notes soutenues durant le refrain, créant selon Martin Guhn "de mini montagnes russes" émotionnelles. Les paroles liées à une déception amoureuse et la puissance vocale d'Adele contribuent également à l'apparition des larmes.

Les cellules du cerveau en ébullition 

Someone Like You s'inscrit par ailleurs dans un modèle identifié il y a quelques années par Martin Guhn et son collègue Marcel Zentner : une entame douce, une suite plus forte avec l'apparition d'un nouvel instrument ou d'une autre harmonie, et des ruptures mélodiques et harmoniques. Ainsi, après une introduction répétitive et mélancolique au piano, Adele saute d'un octave et chante avec une intensité accrue.

Bien qu'associées à la tristesse, ces émotions font le bonheur des auditeurs, qui en redemandent. The Wall Street Journal rapporte ainsi une étude conduite par une équipe de neuroscientifiques de l'université canadienne de McGill, qui révèle qu'une musique chargée en émotion libère de la dopamine dans le cerveau, comme pour la nourriture, le sexe et la drogue.