"Solomon Gursky", renaissance d’un chef d’œuvre

Un corbeau noir sur une couverture blanche aux lettres dorées, 636 pages, "Solomon Gursky" de Mordecai Richler vient de sortir aux éditions du sous-sol. Attention, chef d'œuvre !

(Mordecai Richler © Suzanne Langevin)
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Et pourtant, ce roman a été publié en 1989, en anglais, au Canada, son auteur est mort en 2001, Mordecai Richler est méconnu en France, de lui, on connait essentiellement "Le monde de Barney" adapté au cinéma en 2011 par Richard Lewis. Très peu ou mal traduit, voilà enfin ce livre, culte en Amérique du nord.

C’est un roman fou, inclassable, épique, picaresque, drôle, tragique, qui raconte la vie aventureuse d'un descendant de juifs d'Europe centrale passés par l'Angleterre jusqu'au Canada, dans le grand nord et à Montréal, dans le quartier juif anglophone. Solomon Gursky 1899-1934 est un anti-héros, raconté, dans le livre, par un autre anti-héros Moses Berger dans les années 60-70. Il y a dans ce roman une foule de personnages, qui traversent le temps, les océans et le génie de l'auteur c'est qu'on ne se perd pas.

On doit cette édition française au jeune Adrien Bosc, écrivain et éditeur. "Constellation" son premier roman a obtenu en 2014 le Grand prix du roman de l'académie française. Sa petite maison, les éditions du Sous-sol publient la revue "feuilleton" qui sort il y a quelques années un reportage de Mordecai Richler sur les complotistes. En 2015, l'éditeur québécois Boréal, confie à deux traducteurs le soin d'enfin permettre de lire Mordecai Richler en français et Adrien Bosc, saute sur l'occasion.

Pourquoi était-il si difficile à traduire ?

D'abord parce qu'on traverse le temps. Et l'anglais n'est pas le même entre le Montréal des années 70 et l'expédition de l'explorateur anglais John Franklin en Arctique en 1845 pour découvrir le passage du Nord-Ouest, dans laquelle l'auteur ajoute un participant fictif, seul survivant, Ephraïm Gursky, grand père de Solomon, qui a monté une secte millénariste chez les Inuits. Pour que la folie de ce livre enchante le lecteur, il fallait un énorme travail d'adaptation, éviter les  "québéquismes" qui l’auraient rendu incompréhensible à des lecteurs français, Lori Saint Martin a traduit ce livre avec Paul Gagné.

Comment situer l'auteur, Mordecai Richler ?

Il était un grand provocateur, à l'humour juif décapant, longtemps mal aimé au Québec car il se moquait des francophones. Adrien Bosc qui l'édite aujourd'hui en France se plie au jeu difficile des comparaisons littéraires : "Il y a du Dickens, de l’humour juif à la Philip Roth, mais aussi du Céline et même de la littérature des grands espaces ." Terriblement addictif, comme tous les chefs d'œuvre écrits par de grands conteurs,  "Solomon Gursky" est taillé pour plaire à tous les publics.

Thierry Fiorile évoque le livre "Solomon Gursky"
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"Solomon Gursky" de Mordecai Richler aux éditions du sous-sol.

(Solomon Gursky © Editions du sous-sol)